La troupe Nimba ou l’art comme remède au handicap

article mise à jour : 13 avril 2012
Dans la banlieue de Conakry et dans la commune de Matoto, se trouve logé dans un coin particulièrement enclavé, le centre Nimba. Œuvrant dans les domaines de la formation et de l’insertion sociale des handicapés, il accueille de nombreux garçons et jeunes filles auxquels il permet notamment d’apprendre la couture, la cordonnerie et la musique.

Justement, la troupe artistique du centre est le porte-flambeau de ce dernier. En Guinée, Nimba est le nom du plus haut sommet situé dans la région forestière et qui culmine à 1752 m. A priori, entre ce haut sommet et le centre du même nom situé derrière le stade Kabinet Kouyaté, dans la commune de Matoto, il n’y a aucun lien. Si ce n’est peut-être que les pensionnaires du centre affichent des ambitions qui peuvent être aussi élevées que le mont Nimba, sinon plus ! Des ambitions, de la motivation et une folle envie de se surpasser et de vaincre les effets limitants du handicap.

Un état d’esprit et un mental à toute épreuve qui s’expriment le plus éloquemment possible à l’intérieur de la troupe artistique du centre. Composée de 18 personnes des deux sexes, cette troupe est avant un cadre de vie où se côtoient la convivialité et une ambiance bon enfant. Pas de place pour la tristesse, le pessimisme, le complexe d’infériorité, ou encore les complaintes récurrentes des personnes handicapées.

On a avant tout affaire à des artistes-musiciens qui ont du talent et qui ne se gênent point de l’exprimer. Un talent impressionnant que la jeunesse de Mamou a eu l’occasion de découvrir, le samedi 31 mars dernier, dans la maison des jeunes de la ville-carrefour, comme on appelle communément cette ville située à l’entrée de la région foutanienne. C’était à l’occasion de la célébration des 10 ans du centre d’écoute, de conseils et d’orientation des jeunes (CECOJE-Mamou). Les responsables de cette ONG œuvrant dans le domaine de la sensibilisation de la jeunesse face à certains fléaux avaient sollicité, par l’entremise de Guinée Solidarité-Mamou, la venue de la troupe Nimba.

Le départ de Conakry fut donné le vendredi 30 mars aux environs de 14 heures. A l’intérieur d’un bus vieillissant, s’étaient péniblement installés une vingtaine de jeunes avec les accompagnateurs. Les embouteillages, une panne mineure et une pénurie de carburant en pleine campagne retardant considérablement le voyage ; le groupe n’arrive à Mamou, à 270 km de la capitale guinéenne, que vers 21 heures ! Tout de suite, ils sont accueillis par un premier groupe qui était venu la veille avec les instruments de musique : tam-tams, bolon, crin, doum doum, etc…

Le spectacle qui justifie le déplacement étant prévu le lendemain, les musiciens particulièrement éprouvés par le long voyage rentrent aussitôt se coucher. Le lendemain, dans la matinée, à bord du bus qui avait servi à les transporter, ils se livrent à un carnaval géant qui draina du monde. Du coup, la soirée promettait…

Et c’est aux alentours de 19 heures que la partie culturelle de l’anniversaire commence. Dans une maison des jeunes rendue pleine à craquer notamment par la gratuité de la rentrée. Après les différents discours de circonstance, ce furent différents groupes de rap de la localité qui se sont produits.

La partition de la Troupe Nimba intervenait à point, parce que le public commençait quelque peu à trouver ennuyeuses les prestations des groupes qui, globalement, se produisaient sur des bits américains et qui étaient plus ou moins les mêmes.

Quand le tour du Nimba arriva, tout a commencé par une installation minutieuse des différents instruments. Ensuite, ceux qui devaient les jouer vinrent s’installer, chacun derrière le sien. Et d’un coup, la salle fut inondée par de puissants sons émanant de différents points du podium et qui, progressivement, se muent en une mélodie dansante qui emporta l’adhésion des nombreux spectateurs.

La première prestation fut consacrée à un plaidoyer sur le sort des handicapés. Institué à juste titre "Nos sorts", ce premier titre est un cri de cœur de l’ensemble des personnes handicapées qui composent la troupe par rapport aux conditions de vie qui sont celles de toutes les personnes handicapées du pays. En substance, invite est lancée à tous les porteurs d’un handicap d’assumer leur sort présenté comme un fait du destin et surtout de ne pas céder à la voie de la facilité qu’est la mendicité. Cette pratique est d’ailleurs présentée par la troupe comme une honte. Vu que le ton inspire une forte dose d’émotion, la salle demeura dans un silence profond pendant tout le long de la déclamation des complaintes.

Mais cette atmosphère de tristesse et de recueillement ne fut que de courte durée. Parce qu’aussitôt après, dans une espèce métamorphose totale, la troupe sortait de cette posture victimisante pour faire étalage de tous ses talents. Habillées d’une tenue en uniforme, de charmantes jeunes filles unijambistes, ont notamment émerveillé le public, soit en jouant le tam-tam ou le doum doum, soit en se livrant à des types de danse insoupçonnés de la part de personnes possédant un handicap, en s’appuyant sur leurs béquilles !

Impressionné et conquis par le défi ainsi relevé par les membres de la troupe, le public ne peut se retenir d’accompagner la prestation avec des applaudissements synchronisés. L’émerveillement et la surprise agréable se lisaient aisément sur tous les visages. Et quand le son annonçant la fin de cette première partition fut donné, le public salua comme il se doit par une standing ovation.

Aux applaudissements se mêlaient les « Bissez ! Bissez ! Bissez ! » entonnés en chœur. La troupe ne se fit point prier. Au fait, lors de la répétition, un peu plutôt dans la journée, ce scénario avait été envisagé et le répertoire avait été conséquemment préparé. Ce n’était donc pas compliqué. Et ce second passage fut tout aussi réussi et admiré par le public. Qui, comme la première fois, ne résista pas à la tentation de se lever pour saluer la fin d’une prestation, au cours de laquelle, les percussions avaient été suffisamment mises à contribution.

Mémorables instants pour les membres de la troupe, les soixante minutes de prestation à la maison des jeunes Mamou, le seront certainement. Mais pour les responsables du centre Nimba, elles seront également synonymes d’une certaine fierté. C’est du reste ce qu’a confié, le premier d’entre eux, Balla Kanté, lui-même artiste.

Une joie qu’il a d’ailleurs traduite en acte concret, en signant un chèque d’un million de Francs guinéens comme cadeau à ses poulains. Comme pour les inciter à redoubler d’efforts et d’inspiration avant le prochain déplacement prévu pour Kankan, capitale de la Haute Guinée, très bientôt !