Lamine "Capi" Kamara témoigne sur les goulags de la révolution guinéenne

article mise à jour : 3 mai 2012
L’univers littéraire guinéen vient de s’enrichir de deux nouveaux ouvrages, « GUINEE, Sous les verrous de la révolution », une autobiographie romancée, et, « Les racines de l’avenir, Réflexions sur la première République de Guinée », un essai analytique, écrits par l’ancien ministre des affaires étrangères et de la Fonction Publique, Lamine Kamara.

Edités par L’Harmattan Guinée, l’auteur de ‘’Safrin ou le duel au fouet’’ apporte à travers ces deux œuvres, des témoignages vivants sur la révolution guinéenne dirigée de mains de fer par le Responsable suprême de la révolution, Sékou Touré. Dans un récit narratif, Lamine Kamara décrit dans des détails qui éblouissent quelquefois le lecteur, les réalités vécues dénuées de toute passion, des Guinéens à Kankan, sa ville natale, à Dabola où il a servi pendant longtemps et à Conakry, où pour des raisons politiques ou administratives il se rendait régulièrement. Aussi, sa vie et celle de ses compagnons d’infortune au camp Boiro, à la maison d’arrêt de Dabola, au camp Soundiata Kéita de Kankan et à la maison de détention.

Aussi, sa vie et celle de ses compagnons d’infortune au camp Boiro, à la maison d’arrêt de Dabola, au camp Soundiata Kéita de Kankan et à la maison de détention de Kindia, où il est resté pensionnaire pendant 7 années de suite, "pour un forfait qu’il n’a jamais commis et dont la révolution n’a jamais réussi à le convaincre outre mesure de sa culpabilité, la participation au complot de la cinquième colonne du 22 novembre 1970.

Même s’il vrai que, comme l’a annoncé l’auteur lui-même dans son introduction, tout au long du récit, il tient en haleine le lecteur, avec lequel il partage aussi bien
son ardeur révolutionnaire d’antan, l’idylle et les bienfaits de la nature à Dabola, la chaleur humaine de bout en bout de son parcours, que l’enfer du camp Soundiata Kéita, la galère et la routine de la maison centrale de Kindia.

De tous les témoignages publiés sur le camp Boiro et les goulags de la révolution guinéenne en général, celui de Lamine Kamara passe, à notre avis, pour l’un des plus complets. En raison sans nul doute du fait qu’il est l’œuvre d’un homme de lettres averti, de surcroit un professeur d’université, qui a eu le privilège d’enseigner dans les deux plus grandes écoles supérieures de Guinée.

Pourtant, ‘’ Guinée, sous les verrous de la révolution’’ n’est pas, loin s’en faut, un ouvrage autobiographique complet. L’auteur ayant décidé volontairement d’ignorer sa vie d’avant l’agression portugaise de 1970. Il se contente juste de porter un regard rétrospectif sur sa vie en société d’abord à Kankan où vivent son père, sa mère, ses beaux parents et toute sa famille, puis à Dabola où il venait d’être affecté.

Une vie juvénile et politico-administrative qu’il respirait à pleins poumons. Entraineur bénévole de l’équipe préfectorale de Kankan, ensuite de Dabola, membre du comité révolutionnaire de la jeunesse, directeur préfectoral de l’éducation de Dabola…bref un homme qui s’était mis entièrement au service de la révolution guinéenne. Contre le péril de laquelle il s’était montré plusieurs fois déterminé à donner sa vie. Quitte à arborer des uniformes de militaires ou de miliciens pour le champ de bataille. Aussi s’est-il évertué à rappeler son premier passage au camp Boiro au cours duquel, comme au deuxième, il est passé à la "cabine technique", nom du lieu de torture sous la révolution.

Pour démontrer le contraste qui a toujours caractérisé le destin de ce pays, qualifié de château de l’Afrique et de scandale géologique, l’auteur de ‘’Sous les verrous de la révolution’’ a commencé par présenter les quatre régions naturelles de la Guinée, avec leurs diversités linguistiques et ethniques, leurs immenses ressources naturelles, agricoles et minières qui, logiquement comptabilisées, devaient faire de la Guinée, surement le pays le plus avancé de la sous-région et même d’Afrique. Tout un combat voué à l’échec par une révolution sauvage et ravageuse, qui a fini par engloutir tous ses enfants les plus illustres.

Lamine Kamara fait revivre sa vie carcérale dans des expressions dont la crudité pourrait offusquer certaines âmes sensibles. En effet, l’auteur a frôlé plusieurs fois la mort. N’eut été sa foi inébranlable en Dieu et son mental de fer, il pouvait tous les jours passer de la misère au trépas. A coté de la maladie dont la plus fréquente est l’avitaminose carentielle ; l’insalubrité, l’incompatibilité d’humeur entre détenus venus d’horizons divers, la sévérité des gardes, les insectes redoutablement nuisibles comme les poux, les punaises, les mouches, les moustiques ; les rongeurs comme les rats, les souris…l’auteur raconte quelques moments de détente et de frayeur d’une plume sensible.

Au fil des lignes, on découvre que c’est dans les moments les plus durs de la vie, que la solidarité humaine est la plus sincère, et que même dans l’enfer des geôles de la révolution, il y avait des moments de détente. En somme, Lamine Kamara apporte, à travers cette œuvre, une réponse vivante à la question que de nombreux jeunes curieux se posent, sur comment un homme peut-il tenir pendant 7 années dans une réclusion quasi-absolue dans la faim, la misère, la torture
morale et physique, l’humiliation la plus déshumanisante… ?

Le lecteur est surtout impressionné par la qualité de l’écriture, des tournures littéraires séduisantes, des mots patiemment ciselés et la cohérence des récits des 22 chapitres pourtant indépendants les uns des autres. La description minutieuse des lieux, des événements et des personnages avec des mots pudiques, faits volontairement pour protéger certains d’entre eux, qui ont connu un destin tragique, ou se sont illustrés par leurs rôles négatifs sous la révolution confèrent à cet ouvrage toutes les qualités d’un classique destiné à
servir la génération montante.

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