Le 14 ème sommet de la Francophonie vient de prendre fin à Kinshasa.

article mise à jour : 15 octobre 2012
Le XIVe Sommet de la Francophonie vient de s’achever. À Kinshasa, les débats ont été très politiques. La rencontre entre les chefs d’Etat et de gouvernement a été dominée par les crises en Afrique, le voyage de François Hollande et les polémiques sur l’état de la démocratie en République démocratique du Congo. Il a aussi été question de l’avenir et du statut de la Francophonie dans le monde actuel. Doit-elle rester une organisation de pays qui défendent la langue française, notamment face à l’avancée de l’anglais ? Faut-il continuer à ouvrir les portes de l’organisation à de nouveaux Etats, pas vraiment francophones ?

« Parler français, c’est parler des droits de l’homme », dit François Hollande, mais pas seulement. Aujourd’hui, 220 millions de personnes sur la planète sont francophones et selon les projections de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ce nombre aura triplé d’ici 2050, les Africains pourraient alors représenter 85% des 715 millions de francophones dans le monde.

Comme tous les deux ans, à l’occasion des sommets francophones, le rendez-vous de Kinshasa a été l’occasion pour les dirigeants de faire le point sur l’usage de la langue française dans le monde. Quelle est la meilleure tactique pour défendre et faire vivre la langue française ?

Des dirigeants francophones sur orbite ?

Pour le ministre Sénégalais de la Culture, Youssou N’Dour, en ce début de XXIe siècle, la Francophonie doit réconcilier défense de la langue française et ouverture aux autres langues. L’ancien chanteur assure que « le rythme du monde d’aujourd’hui, c’est internet. Les gens surfent. Une information est disponible en anglais immédiatement et vous pouvez ensuite la traduire. C’est cet enjeu qui est important et sur ce point, je pense que les dirigeants francophones sont sur orbite ».

Une position de plus en plus partagée au sein de la Francophonie. Le Rwanda, par exemple, a choisi la carte du bilinguisme et le Gabon, terre francophone, est lui aussi attiré par l’anglais. À 10 jours du Sommet de Kinshasa, le président gabonais a annoncé qu’il souhaitait que son pays se mette à la langue de Shakespeare. À Dakar, cette semaine, devant les députés sénégalais François Hollande a rappelé que « la langue française n’écrase aucune autre langue ». Le président français refuse la notion d’exclusivité.

Le combat de la langue française

Les Québécois, eux, ne partagent pas cette vision d’une francophonie linguistique ouverte, peut-être parce que la Belle Province est confrontée quotidiennement à une pression de la langue anglaise. Mais en Afrique aussi, il y a des partisans d’une défense ferme du français. Henri Mova est l’ambassadeur de République démocratique du Congo auprès du Bénélux.

Pour lui, la RDC est un atout pour la Francophonie en raison de son positionnement géographique et de son histoire : « Le Congo est une chance pour la Francophonie. Du fait de la particularité de son histoire linguistique, de par la colonisation. Cette solidarité que les francophones ont marqué en faveur de Kinshasa devrait être capitalisée. Cela permettra de renforcer le français, ici, parce que nous sommes le front le plus avancé dans cette quête de résistance face à l’invasion de l’anglais ». Il y a donc un vrai débat entre les deux approches.

L’adhésion du Qatar

Les partisans d’une francophonie plus mondialisée, plus multiculturelle, gagnent du terrain. Mais ce débat sur la langue pose celui de l’identité du groupe francophone. Actuellement, 56 pays sont membres à part entière et associés de l’OIF - et tous ne sont pas des pays où le français est majoritaire. Dix-neuf pays sont observateurs, et certains très peu francophones.

À chaque sommet, de nouveaux Etats rejoignent les rangs de l’OIF. Cette année, les heureux élus s’appellent l’Uruguay, membre observateur, et le Qatar, qui devient membre associé. Le Qatar francophone ? Le Secrétaire général de l’OIF Abdou Diouf l’assure : « Il y a des francophones au Qatar. Ce pays a une politique très volontariste de formation au français avec la création de lycées, la création d’une radio francophone. Ce sont des signes d’un volontarisme francophone. Je précise que la francophonie ne fait pas de prosélytisme. Mais je m’excuse de le dire avec immodestie : il se trouve que notre organisation est attractive ! »

Trop attractive ? C’’est ce que pensent certains au sein de l’OIF. En tout cas, le délégué à la paix et à la démocratie de l’OIF estime que le débat sur la nature et la taille de l’OIF doit être lancé. Hugo Sada juge « normal que la Francophonie s’élargisse ». Mais, passée cette phase, « c’est aujourd’hui l’heure de vérité » dit-il et il pense « qu’il est temps que soit abordé très sérieusement au sein de la Francophonie le débat entre élargissement et approfondissement. Il y a la dimension politique, linguistique, la question des moyens. Il y a aussi le sens de la cohérence de la communauté francophone et de l’espace francophone. Le débat doit être abordé avec sérieux ». Il le sera sûrement dans deux ans au XVe sommet de l’OIF, à Dakar, au Sénégal.

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