« Le Cinéma guinéen is Back », selon Mariama Camara, cinéaste et secrétaire Générale de la FEPACI

article mise à jour : 30 mai 2013
Mariama Camara est cinéaste et ancienne documentaliste. Directrice Générale de Tinkisso Film. Elle vient d’être élue par ses pairs comme Secrétaire générale de la FEPACI (Fédération panafricaine du cinéma) pour la sous-région. Cette fédération créée en 1969, comprenant 54 pays dont neuf sur le continent et trois de la diaspora, a pour objectif de promouvoir le Cinéma et faire le plaidoyer pour les cinéastes. Dans la sous-région, la fédération regorge la Guinée, la Guinée Bissau, la Gambie, le Libéria, la Sierra Léone, le Sénégal, la Cote d’ivoire et le Mali. Dans cet entretien qu’elle nous a accordé, Mariama Camara nous parle de ses réalisations, ses projets et de la problématique du Cinéma guinéen...


Parlez-nous de quelques unes de vos réalisations ?

Merci de l’opportunité que vous m’offrez à travers votre site culturel. J’ai travaillé sur la problématique de l’ensablement sur la fleuve Niger, ‘’le sable à l’assaut du fleuve Niger’’. C’est un documentaire de 26 minutes. J’ai fait un autre documentaire qu’on appelle ‘’sa bricole à Ouaga’’. Ce documentaire parle de la transformation, pour dire que rien ne se perd. La transformation de tout ce qui se jette en objet utilitaire. J’ai aussi beaucoup de documentaires institutionnels. Par exemple, sur la vitamine A avec Helene Keller International et sur le Sida avec les corps de la paix (Peace Corps).

Est-ce-que ces documentaires que vous avez réalisés ont eu des impacts sur la population guinéenne ?

Bien sûr, notre principal canal de diffusion, c’est la RTG. Malheureusement, elle ne donne jamais quelque chose pour ça. Les films, la RTG ne les paie pas. A la RTG, ils veulent souvent qu’on les donne les films que nous produisons, ce n’est pas normal. Pour un film, où tu mets 50 à 60 millions GNF, et que tu viennes leur donner gratuitement, ce n’est pas possible.

Ce sont des films que je fais aussi pour le CFI (Canal France international). Je ne fais pas seulement les films pour la Guinée. Quand CFI rachète un film, il le donne à tous les pays francophones. Donc, je pense que l’audience est là.

Qui parle de réalisation d’un film, parle forcement de moyens financiers. Comment faites-vous pour avoir des sources de financement ?

J’ai un partenaire. Quand on a une idée, généralement on finance sur fonds propres. Parfois, on a des mécènes et des sponsors sur place.

Avez- vous déjà eu le soutien des autorités guinéennes ?

Mon premier film en Guinée, c’est une docufiction, ‘’Mousso Ta
féti’’
(la femme de pagne). Le film traite de l’alphabétisation. Pour ce film, j’ai reçu un soutien du ‘’Programme Initiative de décentralisation’’. C’était un projet pour la création et j’avais eu un petit financement. A part ce film, rien.
Il faut en outre signaler la présence de bailleurs de fonds au Nord, au près desquels je peux trouver des financements pour réaliser mes films.

En tant que cinéaste, quel est votre regard sur le 7ème art guinéen ?

Mon regard est celui de la renaissance. Avec l’ISAG (Institut supérieur des Arts de Guinée), de nombreux cinéastes sont en train d’être formés. Il y a beaucoup de sortants qui sont des bons créateurs. Avec un fonds de création en Guinée, je pense que ces jeunes permettront bien à notre pays de remporter des trophées. La création ça ne vient pas que de l’Europe.

Pour bon nombre observateurs, le Cinéma Guinéen est absent des grands festivals. Qu’est ce qui explique cela ?

On avait un film avec Cheick Fantamady Camara, ‘’Il va pleuvoir sur Conakry’’, dont j’étais la Directrice de Production. Je crois, qu’on a eu le prix du public au FESPACO. Il y a d’autres cinéastes. Mais sans soutien du gouvernement, c’est un petit peu difficile.

Au Sénégal par exemple, Macky Sall a donné un milliard de FCFA, pour le Cinema. Au Tchad, c’est 300 millions de FCFA comme fonds de soutien au Cinéma et à l’audio-visuel. Ce n’est pas beaucoup, mais c’est quelque chose quand même.

Ici en Guinée, on n’a besoin d’une volonté politique. Nous sommes en train de nous regrouper. Bientôt il y aura une assemblée, un congrès des cinéastes guinéens. On va remettre l’association des cinéastes en place. Nous allons présenter des projets au gouvernement. Dans d’autres pays, sur la téléphonie mobile, on fait des prélèvements pour avoir un fonds du Cinéma.

Comment vous percevez cette montée du Cinéma local ou non professionnel, en Guinée ?

J’ai décidé, en tant que professionnel de la FEPACI, d’aider ces productions. Pourquoi les gens suivent ces films, c’est parce qu’ils se retrouvent dans ces films. C’est pour tout cela que nous les africains, on veut faire nos propres images. Qu’on raconte nous-mêmes notre histoire. Moi, je veux associer ces producteurs. Nollywood a commencé comme ça et ça s’est amélioré.

On assiste à la disparition des grandes salles de Cinéma

Oh oui ! On voit qu’ils ont vendu toutes les salles de Cinéma. On pense faire notre congrès au cinéma liberté qui est plein de symboles. Ne parait-il qu’en Guinée avant, si tu n’allais pas au cinéma liberté, tu ne te sentais pas jeune ?

Maintenant, quand on voit quelqu’un avec une caméra, on te demande si tu es journaliste. Non. Je pense qu’on a laissé trop la place vide pour que les autres s’installent. Il va falloir être présent et se battre pour créer et réorganiser tout cela.

Vous venez de rentrer d’un congrès de la FEPACI en Afrique du Sud, parlez-nous brièvement de cette rencontre.

Pour le congrès de cette année, c’est la transformation institutionnelle qui était à l’ordre du jour. On a parlé de la renaissance du Cinéma, afin d’avoir le même thème que l’Union Africaine. Le panafricanisme et la renaissance.

Dites-nous, comment fonctionne la représentation de la FEPACI en Guinée ?

J’ai été la déléguée de la Guinée. La FEPACI travaille avec les associations. Nos doyens avaient créé des associations en Guinée, mais à un moment donné, on a basculé et on s’est effacé. On était dans l’ombre et maintenant comme le dit le Président Alpha Condé, Guinée is back, le Cinéma is back.

Vous êtes artiste et observatrice, que pensez-vous de la flambée de violences ces jours-ci dans notre pays ?

Nous, on est pour l’apaisement. Mais en tant que cinéaste, on se dit qu’on pouvait beaucoup apporter. Parce que le Cinéma est transversal. On pouvait faire de la sensibilisation, on pouvait faire des Sketches. Bref, plein de choses. Mais malheureusement, quand la télé ne couvre pas, il n’y a pas d’électricité. C’est compliqué.
En tant que guinéenne, les gens devraient mettre la balle à terre. La Guinée, c’est notre champ de cacao, c’est tout pour nous.
Nous les créateurs, on a besoin de calme. On n’a pas besoin de bruits de bottes.

Vous n’avez pas besoin de bruit, mais les bruits inspirent les artistes

On n’aurait pas aimé que ce soit ça qui nous inspire en tant qu’artiste. Les artistes guinéens auraient aimé s’inspirer de d’autres expériences.