Le Prix Nobel de Litterature, Alice Munro une Canadienne à Honneur

article mise à jour : 11 octobre 2013
L’écrivain de 82 ans a remporté le prix Nobel de littérature. Son œuvre, écrite en langue anglaise, est presque entièrement consacrée au genre de la nouvelle.

Elle est la treizième femme mais aussi la première Canadienne à recevoir le prix Nobel de littérature. Alice Munro, 82 ans, anglophone, cultive aussi une autre singularité parmi ses pairs : elle n’a quasiment écrit que des nouvelles depuis 1968. En dévoilant la lauréate 2013, jeudi, à 13 heures pile, le jury suédois du prix Nobel a salué « la souveraine de l’art de la nouvelle contemporaine ». Si son nom circulait régulièrement comme possible lauréate du Nobel, il n’était pas particulièrement revenu cette année, éclipsé dans le milieu des paris, par ceux du Japonais Haruki Murakami, du Kényan Ngugi wa Thiog’o ou de la Biélorusse Svetlana Alexievitch. Alice Munro a fini par ajouter ce prestigieux prix à une flopée d’autres distinctions reçues depuis son premier recueil de nouvelles, en 1968, La Danse des ombres.
Une plume aiguisée

Elle est devenue, au fil des années et d’une œuvre importante, l’une des figures du trio des Canadiennes à la plume aiguisée avec ses compatriotes Margaret Atwood et Mavis Gallant. Sa maîtrise et son excellence dans le genre de la nouvelle ont fait d’elle l’un des piliers du magazine New Yorker et la coqueluche de la jeune génération d’auteurs américains emmenée par Jonathan Franzen, qui titrait, en 2004, dans le New York Times : Lisez Munro ! Lisez Munro ! Les Canadiens n’ont pas attendu Franzen pour la lire, plébiscitant chacun de ses quatorze recueils. À l’étranger, sa notoriété fut plus tardive mais elle reste l’un des écrivains canadiens les plus unanimement salués par la critique.
Absence d’ego

Alice Munro est née en 1931, à Wingham, dans l’ouest de la province de l’Ontario. Son père dirige un élevage de renards, sa mère est institutrice. Elle publie sa première nouvelle en 1950 à l’université qu’elle quitte un an plus tard pour se marier avec James Munro. Le couple aura quatre filles et ouvrira une librairie dans la ville de Victoria. Une vie apparemment simple tout entière tournée vers l’écriture : « J’ai eu une vie ordinaire pour une femme de ma génération. Le travail domestique, les enfants et tout ce qui s’ensuit. Si vous avez une vie intéressante, vous n’avez probablement pas beaucoup de temps pour écrire. »

« Elle est notre Tchekhov et survivra à la plupart de ses contemporains »
Cynthia Ozick

Cette absence d’ego associée à l’apparente simplicité de sa prose a fait de l’auteur un être loué pour sa discrétion, indissociable ici d’une certaine profondeur. La nature de son œuvre, des nouvelles, et le fait que nombre de ses histoires soient ancrées dans la vie des campagnes de l’Ontario autour de femmes apparemment ordinaires ajoutent à l’image d’un auteur solide. « Elle est notre Tchekhov et survivra à la plupart de ses contemporains », a prédit l’auteur américaine Cynthia Ozick. Elle est ainsi souvent comparée à l’Irlandais William Trevor ou à l’Israélien Isaac Bashevis Singer, formidables conteurs qui ont, eux aussi, ciselé cet art de la nouvelle.

Alice Munro « apporte autant de profondeur, de sagesse et de précision dans chaque histoire que le font la plupart des romanciers dans toute leur œuvre. Lire Alice Munro c’est chaque fois apprendre quelque chose à quoi vous n’aviez pas pensé avant », a justifié le jury, qui lui a accordé le prix Nobel et la jolie somme de 8 millions de couronnes (916.000 euros). L’auteur était retournée dans sa province natale après son divorce, en 1972, installée comme écrivain résident à l’université de Western Ontario. Elle y est restée avec son second mari, le géographe Gerald Fremlin, décédé en avril 2013. Son dernier recueil, Dear Life, a été publié en 2012. Il sortira en France en 2014 aux Éditions de l’Olivier.

Le Figaro