Le baptême des chiots, un chant d’amour qui illumine…

article mise à jour : 9 août 2011
C’est un roman d’une grande qualité d’écriture mais aussi ayant un contenu très riche. Le baptême des chiots, c’est le titre de ce roman. Aberrant comme titre n’est-ce pas ? Et pourtant… Après avoir vécu le baptême dans nos familles, faisons un plongeon dans l’œuvre de Kiridi Bangoura pour vivre Le baptême des chiots…

Dans ce roman à l’allure autobiographique, Kiridi Bangoura va par le biais de sa vie qu’il peint nous présenter ce qu’était la Guinée à cette époque postcoloniale.

Après Le baptême – réel - des chiots que la famille – sa famille – a organisé, c’est la situation économique que ce sociologue présente.

Extrait : « Le matin, Hadja crie trop fort, en maudissant notre époque invivable qui n’en finit pas de la torturer : le prix du pain lui arrache une pliante, la rareté de la viande un long soupir, la disparition de certaines épices la rend bègue puis muette. »

Résultat ? « Lasse de cette vie, prenant Dieu et les ancêtres à témoin, elle souhaite une fin. »

L’auteur nous conduit aussi sur les labyrinthes de son éducation d’abord dans l’apprentissage du murmure de « la langue de Dieu le parler du paradis » mais aussi après quelques années de Salan Salan son inscription à l’école ; temple de la « langue des livres ».

Car, disait son père se remémore-t-il, « le savoir doit être indispensable à la vie. »

Cette initiation à la religion musulmane où tout est logé dans la sphère divine et à l’école dont le leitmotiv est la raison a crée en cet adolescent une dualité sans précédent.

Écoutons-le : Ces deux éléments « s’opposent et se complètent comme pour me faire perdre ma route. La foi que je crois unique avait une sœur jumelle, la connaissance. Le bon Dieu que je prie tout puissant, se laisse concurrencer par le Diable. Le paradis n’offre d’autre voisinage que l’enfer. »

Mais l’important est que cet adolescent n’oublie en aucune manière le conseil de son papa qui répétait toujours la même antienne : « le savoir doit être indispensable à la vie. »

D’où son abnégation et son comportement studieux qui l’instigue à « devenir premier » de sa classe.

Car, encore une fois, nous rappelle-t-il que son père lui avait dit un jour que « pour gagner sa vie d’ici, avant le paradis, il faut travailler » et lui, son unique job était « d’aller à l’école et d’être premier. »

Chose qui se fera selon l’auteur comme une lettre à la poste !

L’ado d’hier qui claudiquait à longueur de journée dans la turbulence et les jeux commence à comprendre certaines choses. Son amour filial surgit aux tréfonds de son inconscience : « Sentir les autres inquiets, les voir souffrir de vous avoir cru perdu, cela m’a appris qu’au-delà de tout j’appartenais à ma famille. »

Résultat ? Sa vie a pour « soubassement, la tendresse de Papa » et pour « toit, l’invincibilité de Hadja, sa mère. »

Kiridi Bangoura nous présente aussi dans Le baptême des chiots l’autre facette de son affection, les filles.

Avec l’éclosion de sa puberté, il séduit moult filles. IL a par sa fine expérience de ses amourettes sa propre conception de la séduction qu’il nous expose d’ailleurs en maestro.

Extrait : « La conquête que l’on vante de faire dans le cœur d’une fille est simple illusion. Pour conquérir, il faut plaire, et ce faisant, nous changeons telle façon de nous tenir, jetons une chemise dont la couleur plait peu, et les mais qu’à bien se tenir. »

Car, diantre ! « Séduire les filles, laisse deviner un penchant par un petit sourire et quémander sans mot un baiser m’étaient devenus aussi facile que botter un ballon, nourrir les pigeons ou réciter de mémoire un poème bien rimé. »

Mais ces passades cessent le jour où il aura pour gringue Sinapa. La foudre diront les apôtres de Ronsard. Rien à faire. Vivre avec elle ou mourir de chagrin d’amour.

Écoutons-le présenter sa Sinapa : « Tout d’elle m’illumine. » Waou ! S’exclameront les ados devant un BD bling bling. La suite : « Son rire - celui de Sinapa – ravage ma façon de brouter l’herbe amère d’une mélancolie qu’elle suppose due à l’absence d’une amie plus chère. Ses yeux de fin d’enfance me sortent de la peur d’être grand. »

Eh ! oui, Aphrodite a eu les sens en éveil avec cette phrase digne de Ronsard, le poète de l’amour.

Comme on le voit in fine, Le baptême des chiots, roman à la sauce autobiographique édité par les Éditions l’Harmattan Guinée est un livre de poche à lire pour inoculer dans nos gènes cette alchimie primordiale qu’est l’amour...