Le cinéma, un art négligé en Guinée !

article mise à jour : 17 septembre 2014
En Guinée, la culture n’a plus l’attention et l’intérêt requis. Ce qui, symptomatiquement, se traduit par l’état délabré du bâtiment qui abrite le département ministériel en charge de la question et la part congrue du budget national-moins d’1 %-qui lui est consacrée. Le drame cependant c’est bien le fait que les composantes de cette culture ne sont pas, elles non plus, logées à la même enseigne.

Aminata Sylla
Le cinéma, que la prometteuse réalisatrice guinéenne, Aminata Sylla, définit comme un outil lui permettant de « s’affirmer, dénoncer, lutter, sensibiliser et rêver », demeure notamment au rang des oubliés.

Des salles en ruine

Le problème du cinéma en Guinée, c’est tout d’abord des salles de cinéma tombées en désuétude, parce qu’inexploitées. Diouma, gérant du cinéma Rogbane confie ainsi : « nous ne projetons plus de films ». Cette situation, il l’explique par le pouvoir d’achat très faible du Guinéen qui fait que les salles ne rentabiliseraient pas. Rogbane n’est cependant pas un cas isolé. La quasi-totalité des salles de cinéma sont tombées en ruines pour les unes et transformées en vidéoclubs, magasins et mêmes habitations pour les autres.

Michel Saadi de ’’Ghazi Films’’ connait bien cette question. Dans les années 90, son groupe était distributeur de films et gestionnaire de certaines grandes salles de la capitale guinéenne, telles que Rogbane, Mimo et Liliane. Pour lui, les salles sont fondamentalement victimes de deux phénomènes. D’abord, la piraterie qu’il définit comme « un concurrent à la fois illégal et déloyal en présence duquel on ne peut pas remplir les salles ». Cependant, selon M. Saadi, la piraterie passe après un phénomène structurel qui a commencé par gripper la machine. Il s’agit essentiellement de ce qu’il appelle un « garanti minimum ». Pour se procurer les films notamment américains, chinois ou encore indous, un groupe comme celui de M. Saadi devait aller les prendre auprès de sociétés françaises qui les importent. Or, ces dernières demandaient un certain montant appelé « garanti minimum ».

A un moment donné, les partenaires français ont décidé de manière unilatérale de revoir ce montant à la hausse. Ce qui ne facilitait pas nécessairement la situation des distributeurs guinéens qui, en raison de l’inflation, étaient déjà à bout de souffle. Confrontés à ces deux phénomènes conjugués, les exploitants des salles de cinéma guinéens n’ont pas eu mille alternatives.

Quelle place pour le cinéma guinéen ?

A ce premier aspect de la problématique du cinéma en Guinée, s’ajoute celui relatif à la place que les films guinéens eux-mêmes occupent sur le marché national. Les intervenants s’accordent à dire que cette dernière n’est pas des plus importantes. Selon Michel Saadi, il s’agirait-là d’une problématique qui dépasse le cadre strictement guinéen. A l’en croire : « Les films africains sont très mal distribués sur le continent africain. Ils sont mieux distribués à l’étranger qu’en Afrique ». Il s’est toutefois abstenu de creuser un phénomène aussi paradoxal. Outre ce facteur, Alhousseine Sano, réalisateur et animateur de la seule émission cinématographique en Guinée, ’’CLAP’’, évoque aussi, « le financement qui fait défaut ». Pour lui, cet élément est d’autant plus déterminant qu’il définit le 7ème art comme « une industrie qui nécessite un investissement énorme ». Poursuivant, il énonce aussi la formation qui, suggère-t-il sous forme de critiques à ce qui se fait à l’ISAG de Dubréka « doit allier la théorie à la pratique. Sinon, c’est l’échec ». A ses yeux, l’Etat n’est cependant pas le seul défaillant. Il dénonce aussi l’absence de structures privées d’aide à la production.

Aminata Sylla, l’exception ?

Dans cet océan de difficultés, il y en a cependant qui, à force de passion et d’abnégation, réussissent à tirer leur épingle du jeu. Aminata Sylla est de cette catégorie-là. En effet, démunie de ressources et évoluant en solo, cette jeune guinéenne, âgée d’une trentaine d’années et mère-célibataire, a néanmoins pu se hisser parmi les lauréats du concours ’’L’Afrique au féminin’’ de Canal+ et CFI, en 2013. Diplômée de l’ISAG de Dubréka, elle s’était servie de cette occasion via son documentaire de 13 min, Kania Donssé Fanyi, pour partager l’estime qu’elle a pour tous les groupements féminins évoluant dans la ville de Kindia. Pleine d’humilité, elle pense que son cas ne serait pas exceptionnel si l’Etat manifestait un peu plus d’égard au secteur du cinéma. Une suggestion subtile avec laquelle Mohamed Camara de l’Office national du cinéma guinéen (ONACIG) serait parfaitement d’accord. En effet, selon lui, son institution est, depuis la première République, sans budget. C’est avec l’apport et le soutien de l’Etat que, s’inspirant notamment de Cheick Doukouré et de Cheick Fantamady Camara, la nouvelle génération hissera le cinéma guinéen au niveau où en est aujourd’hui le Nollywood nigérian.

Camara Lamine