Le lion et l’homme et autres contes de Guinée

article mise à jour : 9 octobre 2013
Récit souvent court, le conte est une histoire réelle ou inventée que l’on raconte aux enfants. En Afrique, ces contes servent généralement de moyen pour transmettre des informations de génération en génération et de faire la morale. C’est donc dans ce cadre que s’inscrit le recueil de conte de Dr Jean-Marie Touré intitulé "Le lion et l’homme et autres contes de Guinée " édité aux éditions l’Harmattan.

A travers l’enseignement des langues nationales instituées par la première république, Jean-Marie Touré et ses étudiants ont recueilli des contes du terroir pour les traduire afin de les mettre à la disposition d’un public plus large.

Du conte du "Lion et l’homme" jusqu’à celui de "Korimbo l’homme courageux", l’on retient dans chacun de ses dix-huit conte une morale qui nous enseigne que la vie en société n’est possible qu’avec la tolérance, la solidarité et du respect envers l’autre.

La lecture étant la nourriture de l’esprit ! Alors je vous souhaite bon appétit avec le conte "Binta et Mariam" extrait de cet œuvre de Dr Jean-Marie Touré.

Il était une fois, dans un village, deux jeunes filles. Elles s’aimaient au point que les gens se posaient des questions sur le sens d’un tel attachement. Elles mangeaient ensemble, dormaient ensemble, partageaient les mêmes joies, les mêmes peines.

Les étrangers les prenaient pour des jumelles, bien que de familles différentes. La force de l’amitié les avait presque fondues en une seule. L’une répondait au nom de Bintou et l’autre se prénommait Mariam.

Quand vint pour elles l’âge d’entrer en ménage, elles décidèrent d’épouser deux frères. Elles le firent.

Bintou épousa Amara, le cadet, chasseur de profession, et demeura au village avec son mari.

Mariam, après son mariage avec laye, l’ainé, forgeron de renom, alla s’installer dans un autre village.

Bintou mit en terre derrière sa case un jeune plan de kolatier. Mais sa croissance fut entravée par des ravages des chèvres et des moutons errants. Pour y remédier, Bintou se rendis chez Mariam pour lui demander un canari, à deux ouvertures, susceptible d’abriter son kolatier. Son amie fut très heureuse de lui rendre ce service. Le jeune kolatier ainsi protégé ne tarda pas à être un grand arbre produisant des noix de kola d’excellente qualité qui se vendaient comme des petits pains les jours du marché. Cela contribua à faire la renommée de Bintou, accrut ses relations et suscita tout naturellement haines et jalousies…

Un matin, Mariam se rendit au village de son amie pour réclamer son canari. Bintou lui expliqua que, dans l’état actuel des choses, elle ne pouvait le lui rendre. Mariam ne voulu entendre raison. Elle tenait à son canari intact."Mais comment ôter un canari d’un kolatier avec sa frondaison sans abimer l’un et l’autre" se demanda Bintou
- Coupe le tronc de l’arbre, suggéra cyniquement Mariam.

La mort dans l’âme, Bintou fit décapiter le kolatier, retira le canari et le rendit à sa propriétaire. Cet acte venait de tarir la source de prospérité de Bintou.

Peu de temps après, Mariam mit au monde une fille. La tradition voulait qu’un collier d’un seul tenant soit passé autour du cou de l’enfant.

Pour se procurer, Mariam songea à Bintou son amie. Elle alla la voir. Celle-ci fut heureuse de lui trouver le collier. Mariam le passa par la tête autour du cou de sa fillette. L’enfant grandit rapidement. A l’âge de seize ans, elle devint le point de mire de tous les hommes, et même le fils du roi en était amoureux et avait ouvertement exprimé le désir de l’épouser.

Un soir Bintou se rendit chez Mariam, lui fit part de l’objet de sa visite : elle venait reprendre son collier. Mariam, qui avait tout oublié du passé, tenta de raisonner son amie.

Vainement ! d’ailleurs exigeait Bintou, le collier ne devait être ni coupé, ni remplacé, mais restitué tel qu’il avait été prêté.

La satisfaction d’une telle contrainte voulait en clair que l’on tranchât la tête de la jeune fille pour ôter le collier. Mariam ne voulut pas céder à une telle exigence, se refusant à se faire à l’idée de perdre son unique fille, à la veille de son mariage avec le prince.

De guerre lasse, Bintou se rendit devant le conseil des sages, sous l’arbre à palabres, et demanda qu’on lui fasse justice. La tabala se fit entendre. Et quand tout le monde prit place, il fut donné à Mariam de s’expliquer la première sur le différent l’opposant à Bintou. Elle le fit en omettant l’épisode du canari. Bintou, à son tour, prit la parole et fit un compte rendu fidèle de tout ce qui s’était passé et conclut sur la restitution de son collier qui ne devait surtout pas être coupé. Le conseil des sages se crut de souscrire à son vœux. Il fut donc demandé à la fille de Mariam de tendre le cou pour qu’on lui tranchât. Elle s’exécuta, sans autre forme de procès. On la décapita et Bintou récupéra son collier.

De ce conte, on peut tirer deux morales :

Quand on fait quelque chose, on doit penser aux conséquences
La loi du talion, œil pour œil, dent pour dent, est un principe pour se faire justice. Mais l’on ne doit en tenir compte, surtout quand on sait, qu’un arbre ne vaut pas une vie humaine.

extrait du recueil de conte “le lion et l’homme et autre contes de guinée” de Dr Jean Marie Touré
Retrouver l’intégralité de ce recueil de conte ainsi que d’autres publications à l’harmattan guinée