Le ministère de l’Alphabétisation promet l’instauration d’une langue nationale dans le cursus scolaire

article mise à jour : 22 août 2011

Agenda

8 sep

La journée Internationale de l’alphabétisation

Cette journée est célébré à travers le monde entier et elle est placée cette année sous le thème« L’alphabétisation et la Paix ».

Jeudi 8 septembre 2011

« Nous voulons faire de nos langues nationales, des langues vivantes à travers les caractères latin, d’arabe harmonier et le N’ko. Et aujourd’hui, le N’ko est introduit à l’université, on a commencé par celle de Kankan. » dixit Elhadj Bamba Camara, ministre de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales.

Autonome à l’ère du changement, le ministère de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Étrangères est un des départements qui a suscité beaucoup d’espoir chez le guinéen. Vu son caractère un peu plus spécial qui est celui de la promotion exclusive du patrimoine linguistique de la Guinée. Mais, avec seulement 0,02% du budget national, ce département n’est que l’ombre de lui-même. Après 6 mois de service avec le gouvernement du Pr. Alpha Condé, les résultats sont plus que jamais maigres. Le fond alloué n’assure que le fonctionnement et non le financement. Dans ce temple de l’oubli, le chef de ce département pense pourtant à un avenir radieux. Votre site Guinée Culture a rencontré le ministre Elhadj Bamba Camara à son bureau. Lisez !

Guinée Culture : présentez vous à nos lecteurs
Elhadj Bamba Camara : je suis El hadj Bamba Camara, ministre de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales. Ministre de l’alphabétisation en 2010 sous la transition et reconduit en 2011 par le professeur Alpha Condé.

- Alors, parlez nous brièvement de votre bilan à mi parcours à la tête de ce département ?
- Très bien, mon frère le bilan de ce département n’est plus à démontrer. Quand je prenais fonction ici, avant d’être ministère c’était une direction nationale de l’alphabétisation et de la promotion des langues. Les locaux qui vous abritent maintenant n’étaient pas dans ces normes. J’ai pu donc, avoir du mérite et reconstituer le département. Dans le bureau, le bureau dans lequel vous êtes, c’était un bureau crevassé. Les portes ne se fermaient pas, il n’y avait pas de climatiseur. Il n’y avait pas d’ordinateurs, avec mon effort et l’effort conjugué des cadres du département, nous avons pu meubler ce département. Nous avons pu donc faire en sorte que le département soit vivable et vivant. Et, c’est pour cela qu’aujourd’hui nous sommes à l’aise. Et, dites-le à qui veut l’attendre que nous avons fourni de gros efforts malgré nos très faibles moyens. Parce que retenez que notre budget est de 0,02%, hérité du budget du ministère de l’enseignement pré-universitaire et de l’éducation civique. Vous voyez ce que ça fait ? Et depuis, nous sommes entrain de fournir des efforts pour que notre budget connaisse vraiment une amélioration très très sensible. Alors voilà où nous sommes dans ce machin. Vous verrez par exemple, qu’à part mon véhicule de service, il n’y aucun autre véhicule, il n’y a pas de moto. Or il faut des véhicules pour nous permettre de faire le tour de la nation. Il nous faut ces motos également pour aller dans les sous-préfectures. Donc vraiment là, nous sommes limités.
Sur le plan institutionnel, nous avons pu mettre en place des structures déconcentrées. Partout en République de Guinée nous avons une direction préfectorale de l’alphabétisation ce qui n’existait pas. C’étaient des sections dressées au ministère de l’éducation civique. Mais maintenant, nous avons pu grâce au professeur Alpha Condé, le décret qu’il nous a donné nous libère complètement. Donc, nous avons des directions préfectorales de l’alphabétisation, nous avons également des directions sous-préfectorales d’alphabétisation et de la promotion des langues. Nous avons pu installer toutes ces structures déconcentrées. Et aujourd’hui, partout où nous allons, nous pensons que allons être accueilli par nos structures indépendante de n’importe qu’elle structure. Il y a des difficultés à des égards, tel qu’à Boffa où la Direction Préfectorale de l’Education pense que nous sommes des voisins à eux, mais nous ne sommes pas vraiment, ils ne nous considèrent pas. Or, j’ai dit à qui veut l’entendre, en attendant d’avoir nos bâtiments, nos bureaux, nous restons dans les DPE, Direction Régionale de l’éducation. Parce que nous sommes un et indivisible. Au sommet les ministres n’ont aucun problème. Mais c’est à la base, où des directeurs préfectoraux se comportent comme ça encore. Comme si nous étions à rejeter, or l’alphabétisation c’est tout. Sans alphabétisation pas de progrès, pas de développement, ça au moins. Donc, nous avons toutes ces structures là. Et, nous allons bientôt prendre d’assaut tout le pays pour une amélioration de l’alphabétisation. Nous sommes entrain de nous battre avec certaines ONG pour implanter et asseoir une alphabétisation crédible. Au jour d’aujourd’hui, nous avons plus de 3000 centres d’alphabétisation à travers le pays. Nous sommes entrain d’étudier les possibilités d’élargissement des champs d’actions des langues comme le N’Ko, le latin et l’arabe harmonisé qui sont considéré par le département comme structure de nos langues. Donc une commission est déjà mis sur pied pour réfléchir comment impulser et mettre nos langues nationales dans l’éducation formelle. Avec ces centres d’alphabétisations, nous avons pu former des milliers de cadres.

- Parlez-nous un peu des vraies priorités de votre département ?
- D’abord nous voulons faire de nos langues nationales, des langues vivantes à travers les caractères latin, d’arabe harmonier et le N’ko. Et aujourd’hui, le N’ko est introduit à l’université, on a commencé par celle de Kankan. Donc, le N’ko est entrain de gagner du terrain. Nous avons même reçue une correspondance de notre sœur de la république du Mali pour nous féliciter de cette initiative. Nous allons faire en sorte que nos langues soient des langues élaborées et à la disposition de tout le monde. Vous savez, il y a un problème, les gens ne comprennent pas que nos langues sont des langues vivantes et que nous ne devons pas nous accrochés à la langue des autres. Vous avez vu au Sénégal, le wolof est entrain de gagner du terrain sur le français et au Mali, le bambara domine largement le français. Pour un début, nous allons mettre en essai toutes les langues. Il faut qu’elles se rivalisent sur le terrain. C’est un exercice pour ces différentes langues nationales du pays. Et c’est dans ce cas, qu’une langue va émergée. Le département ne va pas imposer une langue. A l’issu de cet essai, celle qui sera plus consommable et facile dans le maniement retiendra notre attention. Vous comprendrez par là que si on enseigne le soussou, le malinka, le poular ou toutes autres langues à Conakry, cela voudrais dire que tous ceux qui vivent là devront l’apprendre. Et finalement, la langue en essai va s’imposer. Voilà comment nous devons procéder.

- Le français, langue étrangère devenue officielle n’est-il pas un handicap pour le département ?
- Pour le moment c’est un handicap parce que les gens n’arrivent pas à comprendre que nos langues est à maitriser et à développer. Ils ne comprennent pas exactement l’importance de nos langues nationales. C’est celle là que nous avons téter. Seulement les gens sont un peu naïfs, comment vous pouvez qualifier votre identité nationale de vernaculaire ou langue locale, c’est péjoratif. Nous devons dire des langues nationales. Ce sont des langues élaborées par les populations au cours des années. Alors, s’il faut laisse trainer ces langues dans l’oubliette ce n’est pas possible. Quand vous prenez le toma, elle avait son écriture, sa monnaie mais malheureusement avec l’influence de la langue des autres, nous sommes entrain d’oublier, minimiser et rétrograder nos langues. Et, certains se permettent de les qualifier de dialectes, c’est grave et effrayant. A notre niveau, nous avons formé des formateurs en technique d’alphabétisation. Le paradoxe, nous avons été les premiers à expérimenter et rendre l’alphabétisation effective. En 1958 le taux d’analphabétisme était de 90% et jusqu’en 2005, le taux avoisine les 65%. Alors où allons-nous si la population n’est pas cultivée ?

- En termes de temps, il en faut combien pour voir une de nos langues nationales rivalisées le français comme ça se fait au Mali et au Sénégal avec le Wolof et le Bambara ?
- C’est très simple, il s’agit tout simplement que les gens tournent le regard vers l’alphabétisation. Et qu’ils comprennent que nos langues nationales sont vivantes et issues de nos populations. Si tout le monde est d’accord qu’il faut mettre en valeur ces langues, et tourne le regard vers l’alphabétisation, je suis sûr que nous allons tout de suite passer à la vitesse supérieure. Prenez la Chine, elle n’étudie pas en français. La population parle et calcule en chinois. Il y a plusieurs langues nationales mais, le choix fut porter sur une. Le Japon, c’est la même chose et les pays arabes. Avec ces pays, l’expérience à donner, ils sont bien puissants. Il faut se départir de ce complexe et qu’on regarde tous vers un même horizon. C’est la seule façon pour que nous puissions amorcer un développement harmonieux et durable.

- S’il fallait choisir parmi les trois langues en essai à savoir le N’ko, le latin et l’arabe harmonisé pour l’inclure dans le cursus, lequel vous préférer ?
- Bien, je ne vais pas me prononcer dans l’immédiat puisque nos cadres sont en concertation à lNRAP pour réfléchir sur le devenir de nos langues nationales. L’objectif, c’est de pouvoir les introduire dans le système formel. Après ces études, nous allons tirées les leçons et nous saurons ce que nous allons dire au peuple de Guinée. Mais, je tiens à remercier déjà les médias qui se sont impliqués dans l’alphabétisation.

- Un mot pour le site Guinée-Culture ?
- Je suis vraiment content de voir un médium uniquement pour la promotion des arts et de la culture, bref du patrimoine culturel guinéen. Je suis convaincu que Guinée Culture va m’aider à effacer tout ce qui est nuage, obscurité dans l’esprit des gens pour qu’ils s’attèlent dans la logique d’une alphabétisation à l’échelle nationale. Il faut que vous soyez appuyé par l’autorité. En tout cas mon département est à votre disposition. Merci pour tout ce que vous faites pour que notre culture soit au devant de la scène mondiale.

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Ministre de l'Alphabétisation