Le proviseur du collège des filles de la Citadelle : ‘’La Guinée dispose d’un potentiel énorme’’ a dit Ferhat AVCU.

article mise à jour : 19 décembre 2012
Le samedi 08 décembre, les encadreurs du groupe scolaire la Citadelle ont procédé à une remise officielle des médailles aux élèves qui ont décroché des prix à l’Olympiade de la langue turque à Ankara. A cette occasion, le proviseur du collège des filles nous a accordé un entretien dans le lequel il revient sur les conditions de préparation de cette compétition. Il n’a pas occulté les conditions dans lesquelles l’école évolue en Guinée.

Guinée Culture : le samedi 08 décembre vous avez procédé à une remise officielle des prix des élèves ayant pris part à l’Olympiade de la lange turque. Retracez-nous cet évènement.

Ferhat AVCU : Bonjour. Permettez que je présente notre association. L’association, la citadelle est créée en 2003 en République de Guinée. Depuis 10 ans nous sommes là dans le cadre de l’éducation. Nous évoluons dans d’autres domaines aussi tel que la santé. Dans quelques jours une délégation de médecins turcs viendra en Guinée pour soigner des malades et distribuer des médicaments aux populations. Pendant les mois de ramadan aussi nous assistons les citoyens. Pour revenir à votre question, l’Olympiade de la langue turque existe depuis 11 ans. C’est une très grande organisation. En 2011, elle a été inscrite dans le livre de Guinée Records comme la meilleure organisation. Nos élèves y participent depuis 2006. C’est à la 4ieme année de notre existence ici qu’on a commencé à participer. A l’issue de la première participation, nous avons eu une médaille d’or. La médaillée s’appelait Mariame SOW. Elle fait son Université en Turquie actuellement. Cette année nous avons eu une médaille d’or et trois en argent. Dans la catégorie chanson on a eu une médaille d’or, dans les catégories de grammaire de langue, exposition de stand et de poésie nous avons été médaillés en argent. Dans l’exposition de stand, notre candidate a présenté les objets traditionnels de la Guinée. Comme la statue de Nimba. Le peuple turc ne connaissait pas cela. On explique la signification de ces objets. L’histoire de la Guinée aussi.

Guinée Culture : Quels sont les critères de choix des candidats et comment s’effectue la préparation ?

Ferhat AVCU  : La citadelle existe dans 140 pays. Pour chaque école, il y a des élèves qui ont un niveau appréciable en langue turque. On fait une pré- sélection. Si on estime que l’élève a un potentiel dans la langue turque, on l’oriente soit en chanson, en grammaire etc. Si elle répond à nos attentes on fait une finale de la paix. Par exemple l’année dernière, c’était le 18 mars si je me rappelle. Il y avait trois filles turques et la quatrième c’était Salimatou Doumbouyah. A l’issue de la compétition c’est Salimatou qui a décroché la médaille d’or.

Guinée Culture : Comment faites-vous avec les frais de voyage ? Est-ce les parents d’élèves ou l’école qui s’en charge ?

Ferhat AVCU : Ce sont les parents d’élèves qui supportent. Mais le logement, la nourriture, et tout le reste sont financés par les sponsors des olympiades de la langue turque comme BANKSYA, TURKISH AIRLINES. Salimatou par exemple a eu une médaille d’or, elle obtenu 1000 dollars comme cadeau, sa grande sœur Hadja Fatoumata Doumbouyah a décroché une médaille d’argent, elle a eu 750 dollars. Les cadeaux qu’elles ont eu, c’est presque le prix du voyage. Mais le plus important, c’est l’expérience et le bon niveau qu’elles ont eus.

Guinée Culture : Depuis 10 ans vous travaillez ici en Guinée, dites-nous dans quelles conditions vous menez vos activités ?

Ferhat AVCU  : Parfois on a des difficultés. Comme les populations guinéennes on a vécu des moments difficiles. Par exemple je me rappelle le 28 septembre 2009, nous a beaucoup dérangé. Nous avons perdu beaucoup d’élèves. A cause de l’insécurité certains élèves ont quitté le pays. Les élèves ont perdu le moral. Mais Dieu merci on s’est repris. Tout de même on a de l’espoir. Ici en Guinée il y a une grande potentialité. Seulement, il manque un peu de management. A travers cette association, nous avons fait venir les hommes d’affaires de la Turquie, nous amenons les hommes d’affaires guinéens en Turquie pour améliorer les relations entre les deux pays. Nous avons des contacts avec des ONG aussi. Pendant les fêtes de tabaski et dans les mois de ramadan, nous contactons ces ONG pour qu’elles amènent leur assistance à la Guinée. Dans notre école nous travaillons avec les professeurs guinéens. Nous évoluons dans une parfaite collaboration. Les relations entre la Guinée et la Turquie vont beaucoup progresser. Vous savez le jour de la remise il y avait l’ambassadeur de la Guinée en Turquie Daouda Bangoura que je remercie de passage. C’est un homme très gentil, humble et modeste. Il nous a beaucoup encouragés. Bientôt il va partir en Turquie pour ouvrir un bureau de l’ambassade et l’ambassadeur de la Turquie en Guinée également.

Guinée Culture : Vous enseignez le français, l’anglais et le turc ici, est ce que vous allez appuyer les élèves après la terminale ?

Ferhat AVCU  : Oui ! On a par exemple un ami qui est responsable des élèves. Certains vont passer la terminale et faire le Bac. Et le Bac Etats-Unis aussi existe. On les guide. On demande ce qu’ils veulent. S’ils veulent rester en Guinée il y a des universités Dieu merci. S’ils veulent partir à l’extérieur pour continuer leurs études nous avons des contacts, nous avons des contrats avec certaines universités à l’extérieur. Si les parents supportent les financements il y a pas de problèmes on les guide toujours.

Guinée Culture : Ils peuvent espérer décrocher un emploi du côté de la Turquie ?

Ferhat AVCU : Oui ! Mais notre but ici, ce que n’importe quel élève ou n’importe quel département, ou encore n’importe quel travail que tu mènes, c’est de pouvoir être profitable un jour à ton pays. Il faut que la personne puisse servir son pays. Parce ce que si tu oublies ton origine, ce n’est pas acceptable. Il peut partir en Europe, en Amérique mais un jour il faut qu’il revienne travailler pour son pays. La personne peut avoir la bonne formation et le bon caractère à l’extérieur mais elle doit au finish servir son pays. C’est ce qu’on veut.

Guinée Culture : La Turquie a une histoire riche et en regardant l’actualité on remarque que ce pays est entrain de revenir sur la scène internationale. Comment tout cela se planifie ?

Ferhat AVCU : Vous savez la Turquie est assez développée. Tout se passe dans la mentalité. Dans une société, si les familles guident bien les enfants ou si on investi très bien dans l’éducation, le pays va se développer. Je pense que c’est comme ça que le pays est entrain d’aller de l’avant. Je pense que la Guinée va s’inspirer de ce modèle.

Guinée Culture : Vous avez un programme spécifique dans votre établissement. Il manque énormément d’électricité dans la capitale. Comment vous parvenez à donner un enseignement de qualité à vos élèves ?

Ferhat AVCU : On a une salle de conférence dans laquelle nous faisons des activités. L’adaptation et la motivation des élèves sont très importantes. Nous prenons des experts pour former les élèves en santé, en éducation… On a un laboratoire que nous avons envoyé depuis la Turquie. Nous faisons des expériences en chimie, en physique. On doit suivre ce qui se passe dans le monde donc, nous avons des salles d’informatique, nous avons un terrain de sport pour permettre aux enfants d’évacuer les stress. Nous avons également une cantine. Les élèves doivent acheter ce qu’ils désirent sur place. C’est l’expérience turque que nous avons transportée en fait. Nous sommes conscients qu’il existe des choses à développer encore. Pour le problème d’électricité c’est une réalité en Guinée. Mais Dieu merci nous voyons que l’Etat est entrain de faire des efforts pour améliorer la desserte en électricité. Nous avons vu des poteaux, des câbles, on a entendu parler des groupes. Mais en attendant, nous avons des groupes électrogènes qui sont venus de la Turquie. Quand nous avons des cours en informatique ou des activités dans les laboratoires, nous allumons les groupes. Tout comme dans les salles de conférence. Vous savez que la Guinée a un climat chaud. Dans certaines classes nous allumons les groupes pour permettre aux élèves de suivre normalement les cours. C’est l’une des difficultés parce que ça consomme énormément de carburants.

Guinée Culture : Quelles sont les potentialités de la Guinée par rapport aux autres pays dans lesquels vous êtes implantés ?

Ferhat AVCU  : En Afrique de l’Ouest, je connais le Sénégal, la Mauritanie, le Mali, la Sierra Leone, le Libéria. Ici vous avez de l’or, de la bauxite, du diamant beaucoup de ressources naturelles. Il reste seulement un potentiel d’utilisation. Pour le développement d’un pays, je crois qu’il faut regarder la construction des hôtels. Cela veut dire qu’il y aura des investisseurs qui viendront investir ici en Guinée. Il suffit de regarder la construction des hôtels à kaporo-rail, Dixinn et même en ville. Il y a beaucoup d’hommes d’affaires turcs qui s’intéressent à la Guinée. Je pense que vous êtes informés de la construction d’une usine de ciment vers 36 en haute banlieue de la capitale. Ce que je peux dire, il y a beaucoup de potentialité ici en Guinée.

Guinée Culture : Un message ?

Ferhat AVCU  : Nous aimons beaucoup la Guinée. Et les guinéens sont vraiment gentils. Ils accordent beaucoup d’importance aux conseils que nous donnons. Ils écoutent attentivement ce qu’on leur dit. Je vous le dis sincèrement. Je sais que toutes les populations guinéennes aiment leur pays. C’est pourquoi nous devons très bien travailler pour le devenir de ce pays. Nous sommes responsables et nous savons que nos enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain. C’est pourquoi on doit bien les préparer. Je conseille aux parents d’élèves de la Citadelle et à ceux des autres écoles, de très bien suivre leurs enfants. De contrôler leurs cahiers, leurs devoirs, de visiter parfois l’école pour savoir ce qui se passe. L’avenir de la Guinée dépend de l’éducation des enfants.

Merci.