"Le terroriste noir" est sorti ce jeudi 23 août

article mise à jour : 24 août 2012
Pour notre compatriote, Tierno Monenembo, ce jeudi 23 août n’est pas tout à fait un jour ordinaire. C’est en effet hier qu’est sorti en France et plus précisément chez "Seuil", la toute dernière née de son abondante œuvre littéraire : "Le terroriste noir". Lauréat du prestigieux prix Renaudot en 2008 pour son roman, "Le roi de Kahel", Tierno Monenembo de son vrai nom, Thierno Saïdou Diallo est une fierté nationale. Il est actuellement l’un des plus éminents représentants de la littérature francophone. Son exil l’ayant très tôt éloigné de son pays, il demeure alors une icône relativement inconnue de ses compatriotes. Comme conscient de cette distance entre lui et les siens et manifestement résolu à la combler, Tierno Monenembo est depuis quelques mois en résidence d’écrivain en Guinée..

La rédaction de GuinéeConakry.Info qui a particulièrement l’occasion de le côtoyer, a pu rapidement réaliser combien de fois il était débordant de simplicité. Alors que le mardi dernier, il a soufflé sa 65ème bougie, Tierno Monenembo est à son dixième roman. La plus grande partie de sa vie, Tierno Saïdou Diallo, l’a vécue à l’extérieur : Sénégal, Côte d’Ivoire, France, Maroc et Algérie. Il avait seulement 22 ans quand, flairant la dictature sékoutouréenne, il devait, à pieds, gagner le Sénégal voisin. Dix ans après, il accouchait "Les crapauds-brousse", son tout premier roman.

Contraint ainsi à vivre loin de sa terre natale, son inspiration lui vient pourtant largement des conditions de vie atroces qui avaient été imposées à son peuple. Par extension, il se fait également l’avocat de la cause noire et de l’Afrique. "Le terroriste noir" est de ce point de vue illustratif dans la mesure où il y est question de la réhabilitation humaine d’Addi Ba, un tirailleur non pas "sénégalais", mais guinéen ! Subtilement, l’auteur de Pelourinho (Seuil, 1995) voudrait, à travers son dernier roman, réaffirmer la contribution de l’homme noir à l’épanouissement du monde occidental. A sa libération. Pour autant, plutôt lucide, Tierno ne jette nullement dans un quelconque racisme anti-occidental aveugle.

Pas toujours compris dans ses prises de position politiques comme dans ses œuvres, Tierno Monenembo a été quelque fois assimilé à un militant communautariste. Bien entendu, l’intéressé s’en défend. Et à juste titre. Une approche plus lucide de la personne laisse voir un écrivain dont la dureté des mots, tire sa source de la mélancolie et de l’angoisse engendrées par les aléas et les vicissitudes de l’exil.

Mais au fond, Thierno Saïdou Diallo est avant tout ulcéré par les violations des droits humains. Plutôt convaincu par la noblesse de la cause qu’il défend, il a le courage de l’affirmer. Sans se soucier aucunement du mécontentement ou de l’approbation que cela peut engendrer. Cette indépendance d’esprit aussi a été certainement confortée par sa longue accointance avec le monde occidental.

Dans sa vie personnelle, Tierno Monenembo surprendrait n’importe quel observateur par sa simplicité. A propos, il ne serait même pas exagéré de parler de son effacement. C’est comme s’il avait trouvé dans cette posture "d’auto-négligence", le moyen de se soustraire de la pression consécutive à l’aura dont il est paré, par la force de son talent et de son génie.

Célébré sur toutes les tribunes parce qu’écrivain émérite, Tierno Monénembo se conçoit avant tout comme "une personne parmi les plus ordinaires". D’une certaine façon, cette attitude lui permet de vivre de l’intérieur les faits et gestes qu’il relate dans ses œuvres. Sauf que ce n’est point une mise en scène. Mais sa vie. Dans toute son insolente réalité.

source:Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info