Les langues nationales à l’école : Une idée juste et légitime

article mise à jour : 17 juin 2013
Point n’est plus besoin d’insister sur la justesse, la légitimité, la nécessité même du recours aux langues nationales - langues maternelles des enfants guinéens - pour l’enseignement fondamental.


Le fait est justifié sur le plan scientifique, psychopédagogique et sur le plan du savoir-être et de l’épanouissement des hommes et des femmes guinéens tout court. C’est pourquoi du reste, l’UNESCO n’a cessé de recommander le recours aux langues maternelles pour toute l’éducation humaine (aussi bien dans le non formel - éducation des adultes - que dans le formel).

De Téhéran (1962) à Dakar (2000) en passant par Jomtien (1990) et Hambourg (1997), pour ne citer que quelques jalons marquants des conférences de cet éminent organisme des Nations Unis, on n’a jamais cessé de marteler avec force, et à juste raison, que l’éducation fondamentale ne peut se faire de façon optimale que par le biais des langues maternelles des populations intéressées. Sans être nécessairement le garant absolu du développement socio-économique de nos pays africains en développement, c’en est tout au moins une condition sine qua non.

Dans la Déclaration Mondiale sur l’Education Pour Tous (Jomtien, 1990), il est dit notamment : “L’enseignement primaire doit être universel, apporter une réponse aux besoins éducatifs fondamentaux de tous les enfants et tenir compte de la culture et des besoins de la communauté ainsi que des possibilités offertes par celle-ci….”

Et, plus loin, ‘’Des programmes d’alphabétisation sont indispensables car l’alphabétisation est un apprentissage nécessaire en soi qui se trouve à la source des autres compétences essentielles de l’existence. L’alphabétisation dans la langue maternelle renforce l’identité culturelle et la prise de conscience du patrimoine culturel’’ (art. 5, p.6).

L’exemple des pays de l’Asie a fini de convaincre tous les sceptiques de cette vérité élémentaire qui lie le développement économique, culturel et humain à l’usage des langues maternelles dans le système éducatif.

Au Sénégal, La Commission Nationale de Réforme de l’Education et de la Formation (CNREF), issue des Etats Généraux de 1981, ne s’était pas trompée sur la question quand sa commission technique n° 2 soulignait dans son rapport : “Les langues nationales sont un fait de notre culture ; elles constituent certainement notre instrument privilégié et irremplaçable de communication. Elles sont seules aptes à promouvoir réellement le génie créateur de notre peuple ainsi que sa personnalité. Elles sont seules aptes à favoriser son épanouissement économique, social et culturel dans le cadre d’un développement endogène” (Annexe IIE p. 37).

Plus près de nous, juste après la conférence de Dakar 2000 sur l’Education Pour Tous, des voix se sont encore levées pour un plaidoyer pour les langues nationales à l’école. C’est ainsi, par exemple, que Birgit Brock-Utne, dans son article sur “Education for all - in whose langage ?” (In Oxford Review of Education, vol. 27, N°1, 2001, pp.120-121), declare : “If the African child’s major learning problem is linguistic, and I tend to agree […] that it is, then all the attention of African policy-makers and aid from Western donors should be devoted to strengthening the African languages as languages of instruction, especially in basic education.”

Et elle ajoute, sous un autre angle : “Children who speak a language other than the language of instruction […] confront a substantial barrier to learning. In the crucial, early grades when children are trying to acquire basic literacy as well as adjust to the demands of the school setting, not speaking the language of education can make the difference between succeeding and failing in school, between remaining in school and dropping out (Lockheed & Verspoor, 1991, p.153)”.

On pourrait multiplier les citations et les justifications à volonté, mais on n’irait pas plus loin que ce sur quoi tout le monde (scientifiques, pédagogues, économistes, etc.) fait l’unanimité : les langues maternelles doivent nécessairement être le socle de l’éducation fondamentale à l’école. Même le schéma directeur de la DPLN l’affirme clairement en disant (pp. 5-6) : “C’est dire le rôle incontournable que les langues nationales doivent jouer dans toute stratégie de développement durable en Afrique. Elles doivent permettre à l’élève de trouver sa place dans son environnement, le connaître, le comprendre, l’analyser, le respecter, l’aimer pour une contribution à son évolution vers le type de développement recherché.”

Le problème n’est donc pas du tout une remise en cause du principe colonial, dont je suis du reste une marque. Je réagis par rapport à la manière dont les choses ont tendance à être faites, au temps que nous perdons à apprendre les langues étrangères qui aurait dû être consacré à l’apprentissage de la science de la technique et de la technologie.
Je n’ai ni la volonté ni l’intention de me passer des langues étrangères mais comme le dit Thierno Samba Mombeya : « Neɗɗo ko ka haala mu’un newotoo nde o faaminiree to wi’aa ko ƴi’al ».

Mon rêve serait de voir un jour un poème de Ramatoulaye Teliko, de Fantamady Cherif, de Luda Dalaba, de Ndane Selenke déclamé dans leurs propres langues dans les classes de 5ème , 6ème.

Mon rêve serait également de voir une littérature proliférer dans les langues maternelles des guinéens comme c’est le cas au Nigeria avec le Haoussa et le Foulani ; au Sénégal avec le Wolof, le Peul et le Sérère.

La promesse du ministère en charge de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationale est « la taie d’eau morte » qui se passe de commentaire. Loin de choisir une langue pour la Guinée, mon souhait le plus ardent est de voir une Guinée unie dans sa diversité. Que l’on comprenne la diversité est une richesse. C’est la Guinée des Couleurs qui défendra les couleurs de la Guinée.

Mamadou Aguibou Sow,
Chargé à la recherche appliquée de l’AGUIPELLN