Mamady Cala Camara, le Flamboyant Chanteur de Camayenne Sofa

article mise à jour : 23 octobre 2013
Peu de chanteurs Guinéens peuvent se flatter d’avoir un parcours musical aussi plein que Mamady Cala Camara que ses amis affectionnent appeler Mamady Sofa. Derrière ses éternelles lunettes, son nez imposant et ses moues félines se profile le génie d’un artiste aimable et généreux .

Né le 13 août 1949 à Bamako de El Hadj Nounfodé Camara et feue Nafima Camara , Mamady a cavalé le Mali profond. Les premières années de son existence et les instants les plus étincelants de son adolescence. Ainsi, de son primaire à l’école Mamadou Konaté, à son secondaire au cours Bouyagui Fadiga , le jeune premier qu’il fut, fit le beaux jours des écoles qu’il fréquanta, tant sa voix de rossignol avait fini par faire de lui et de ses amis des cigales qui chantaient tout l’été oubliant le temps des vacances, les fourmis industrieuses. C’est la vie !

Il était devenu à Bamako par la grâce de sa voix l’animateur principal des mouvements pionniers, c’est pourquoi les responsables de Bamako Koura n’hésiteront pas à lui faire appel pour participer à l’orchestre Pionnier Jazz de Bamako. Là , celui qu’on avait baptisé le petit chanteur a du monter sur une chaise pour improviser devant un micro haut placé.

Que chantait – il le petit Mamady... en vérité, rien d’original, rien que des reprises de titres afro – cubains de Cheo Belen , Barroso et autres Pacheco. Son petit succès sera donc bâti sur la nostalgie que sa voix éveillait chez les admirateurs de cette musique chaude des Caraïbes. Cette aventure durera jusqu’en 1968. C’est alors que Mamady qui est Guinéen, sur l’insistance de la famille suite au coup d’état Malien, rejoint la terre de ses ancêtres à Kissidougou et s’inscrit dans le centre d’enseignement révolutionnaire (CER) de la ville.

Sa renommée l’ayant précédé, parallèlement à ses études, il est sollicité par l’orchestre des élèves le Benda Orchestra. Il reprend de sa voix éblouissante quelques titres latinos et c’est encore le succès ! le Niandan jazz, l’orchestre fédéral ne reste pas indifférent et le politique jout de son influence pour lui faire rejoindre l’ensemble musical. Il s’y plaît et se plonge alors à corps perdu dans le folklore guinéen, c’est un moment de rêve ce jeune qui en voulait beaucoup plus pour briller plus longtemps.

Il était tout à son art quand le destin du pays bascula suite à l’agression portugaise du 22 novembre 1970, à contre cœur, il repart à Bamako. Il fera tour à tour les orchestres Uni-star (des travailleurs du Mali) de l’Oranam , le Rail Band avec Salif Keita, avant Mory Kanté. Il retournera en Guinée et repartira encore plusieurs à Bamako .

Une page son histoire que beaucoup ignorent, c’est celle de son passage dans le Bembaya Jazz national en 1971. Avec Demba, le Dragon de la chanson africaine, il enregistre les chœurs et les cris dans les titres araba , Fatoumata , Dagna, PDG etc …

Mais le Niandan Jazz de Kissidougou qui n’acceptait pas ce départ fit des mains et des pieds pour le faire retourner dans sa préfecture d’origine, à l’époque , le Niandan tenait à détrôner le Bembeya et gagner les joutes artistiques dans les festivals nationaux qui étaient organisés à Conakry.

Le président Sékou Touré en personne interviendra pour sensibiliser Mamady. Enfin, il changera son ministre de la Jeunesse Abdoulaye Diallo Portos de l’aider à convaincre Mamady. Il craque et accepte malgré tout. On lui offre un électrophone et toute la collection des disques syliphone pour le remercier de sa fraternelle compréhension des exigences de la Révolution.

Il retournera à Kissidougou et 3 mois après, il gagna Bamako où il est aussi connu et aimé qu’en Guinée, plus tard c’est la Côte d’Ivoire qu’il découvrira en compagnie des frères Koivogui Pierrot et François, des guitaristes éprouvés tous deux morts, il y a des années. Ensemble, ils fonderont le « Camayenne sofa international » en souvenir du groupe qu’ils avaient connu en 1974 à Conakry avec les Papa Kouyaté, Jean-Baptiste Williams , Riad Chaloub et Justin Morel Junior.

C’est dire que Mamady dont les inoubliables succès ’’kogno koura’’ et ’’idissa’’ ont marqué l’histoire de la musique guinéenne, après une éclipse laborieuse était revenu la rage au cœur pour reconquérir le public qu’il a perdu, mais qui ne l’a jamais oublié.

Avec les titres « Kobè na waati, » chaque chose a son temps. Il était convaincu que son temps était arrivé avec ses huit compositions arrangées par le burkinabé Zakaria Mamboé, sponsorisés par les éditions Amacif.

Hélas, la maladie qui le rongeait le diabète ne lui donnera point le temps de jouir des fruits de son retour qu’il voulait foudroyant. C’est lui qui était foudroyé ! La presse se mobilise en sa faveur, le public cotise, le gouvernement réagit, il est évacué sur Paris. Deux années difficiles où son mal ne l’a point lâché, malgré tous les efforts.

Mamady Sofa qui était ingénieur froid à la Radio Télévision Guinéenne est mort le 1er octobre 2000 à Paris. La musique guinéenne perd en lui l’un de ses meilleurs interprètes.