Manfila Kanté , le griot de Farabanah

article mise à jour : 31 mai 2013
Un des plus grands guitaristes de la musique mandingue, Kanté Manfila a aussi longtemps été le compositeur et l’arrangeur de Salif Keïta et de nombreux artistes africains.


Kanté Manfila et Sorry Bamba

Issu d’une famille de griots de Farabanah, un village proche de la ville de Kankan, Kanté Manfila s’initie au balafon puis apprend la guitare en autodidacte à l’âge de seize ans. En 1967, à Abidjan, il rencontre le saxophoniste malien Moussa Cissokho qui lui donne les bases musicales (solfège, accords, harmonie) et le forme aux musiques contemporaines. Il y retrouve Sorry Bamba, directeur de l’Ensemble instrumental de Mopti (Mali), qui l’invite, en 1968, à jouer dans son pays. Ensemble, ils réalisent l’album Clash Mandingue, un album aux couleurs pachanga cubaine, boogaloo (fusion de soul, de rythm & blues et de rythmes afro-cubains) et rumba congolaise…

Moussa Cissokho l’invite bientôt à rejoindre Les Ambassadeurs du Motel à Bamako dont il devient plus tard le chef d’orchestre.

Mandjou - Les Ambassadeurs Internationaux

Le groupe accueille bientôt une des plus belles de la musique africaine, Salif Keïta. En 1978, l’arrestation de plusieurs personnalités politiques protégeant l’orchestre menace leur avenir. Manfila et Salif décident de rejoindre Abidjan, fondent Les Ambassadeurs Internationaux et signent « Mandjou », le bijou de la musique mandingue. « Mandjou » rattaché aux Touré s’inspire du morceau « Wadya » chanté par une cantatrice mandingue. Manfila en développe un thème jugé trop jazzy par le directeur du Motel de Bamako de l’époque. Il le réarrange, gardant l’intro et les premières mesures pour mettre en valeur la voix de Salif Keïta. Objet d’une polémique entre les deux amis (Manfila se refusait alors à chanter pour le Président Sékou Touré), le titre fut néanmoins maintenu. En 1980, tous deux s’envolent vers les Etats-Unis pour enregistrer les deux albums « Primpin » et « Tounkan » puis s’installent à Paris.

Kankan blues

A partir de 1987, Kante Manfila signe plusieurs albums majeurs. Kankan blues, enregistré à Kankan, est un chant et une épopée moderne. Il éclaire l’apport spécifique de ce berceau griottique dans la musique mandingue. Tradition (1988) fait revivre la musique malinkée mise en valeur par ses lignes de guitares mélodieuses, la kora de Mory Kanté et le balafon d’Ibrahima Diabaté. Diniya (1990) offre un style orchestré très léché : sur la rythmique basse funk de Willy Nfor viennent se poser des lignes de cuivres et de sa guitare mi-blues mandingue mi-rock relevés par les synthés de Cheikh Tidiane Seck qui restituent les sons de balafon.
Guitariste virtuose, créateur de plusieurs tubes de la musique mandingue (« Marsa », « Sidiki »), ce compositeur chanteur est un artiste prolifique ouvert aux autres cultures. Son morceau « Denko » (Dinya) enregistré avec les Petits chanteurs de Paris atteste notamment de son grand éclectisme musical.

Adieu l’artiste

Parallèlement à sa propre carrière, Kanté Manfila collabore avec plusieurs artistes : son titre « Nterike » permet au jeune Djély Fodé Kouyaté de se faire un nom. Il glisse en 2001 ses lignes de guitares harmonieuses dans « Yoolelle maman » de l’album Missing You (mi yeewnii) du Sénégalais Baaba Maal puis assure les arrangements du CD Moffou de son ami Salif Keïta en 2005. La même année, Kanté Manfila est fait Chevalier dans l’Ordre National du Mali par le président Amadou Toumani Touré dit « ATT » pour son apport aux musiques africaines en général et maliennes en particulier…En 2009, il arrange le premier album « Eh Sanga » de la chanteuse guinéenne Sia Tolno.

Le 20 juillet 2011, Kanté Manfila décéde à Paris des suites d’une longue maladie. Il avait 65 ans.

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