Me Barry:Pendant le festival d’Angoulême nous présenterons fièrement la Guinée

article mise à jour : 20 avril 2015
Le saxophoniste Me Barry et le Groover African présenteront pendant 2 semaines la Guinée au festival d’Angoulême et de Bordeaux, festival qui va réunir des sommités musicales d’Afrique, d’Amérique et d’Europe pour un mélange culturel exceptionnel. A quelques heures avant de prendre son vol pour l’Hexagone et après une prestation réussie de son groupe à la 3ème édition de Musique sans frontière au centre culturel franco-guinéen Me Barry s’est entretenu avec notre reporter à la Paillote espace qui a été témoin de bien d’événements culturels de notre pays ces 50 dernières années.

Guinée-Culture : Me Barry, présentez-vous pour nos lecteurs ?

Me Barry : je m’appelle Mamadou Aliou Barry, appelé par le public Me Barry. Je ne suis maitre en robe noire, mais maître de la craie bien que j’y m’exerce pas maintenant. Mais, je le suis pleinement car mon premier instrument de musique je l’ai acquis à travers mon salaire d’enseignant.

Aujourd’hui, vous êtes plutôt connus comme musicien. Expliquez comment l’enseignant est venu à la musique ?

Je vous l’ai dit, mon premier instrument de musique je l’ai obtenu grâce à mon salaire d’enseignant. En parlant de musique, je l’ai commencé dans mon quartier à Sans fil. Pendant la 1ère République, les troupes existaient dans les quartiers et dans la troupe de mon quartier, j’étais un bon tapeur de Djèmbé, donc un bon percussionniste. J’avais la rythmique dans ma peau. Ce qui m’a d’ailleurs permis de diriger le ballet de mon quartier à travers l’Union des Jeunes Artistes de Sans fil (UJAS). Mais, je ne pouvais me contenter juste de çà. Ce qui m’a davantage motivé à m’intéresser à la musique, un soir, il y avait la quinzaine artistique à la permanence fédérale de Conakry 2. Ma troupe devait jouer ainsi que l’orchestre Kélétigui. J’ai été subjugué ce soir par un monsieur. Paix à son âme. Me kélétigui Traoré. Ce monsieur que je ne connaissais pas, tout de noir vêtu, un nœud papillon au tour du cou, tenant un instrument de musique argenté qu’il jouait avec merveille finit par me décider à choisir le saxophone. Assis dans mon coin, je l’observait avec attention. Cela m’a captivé. Je me suis dit, il faut que je joue moi aussi à cet instrument. C’est comme ça que c’est parti.
Mais en fait, Je n’avais pas les moyens de mon ambition. Et quand j’ai fini mes études , je suis parti faire mon stage à Forécariah où j’ai vu jouer l’orchestre fédéral et j’ai rencontré certains musiciens comme Fodé Naby Conté. De là, je suis venu à Coyah et j’ai été affecté à Manéah pour enseigner. A Manéah, j’ai rencontré le vieux Kandas Condé, le père de Sékou Pingpong qui était le directeur de notre école et également mon tuteur. Je luis demandai de m’aider à acheter un saxophone. On décida de faire une économie sur mon salaire. Il me dit je vais ouvrir un compte pour toi au poste. C’est ainsi j’ai pu acheter mon premier saxophone. Avec cet instrument, je fis un saut à Conakry et je vins rencontrer le saxophoniste antillais Honoré Coppet qui étais le maître des Momo Wandel Soumah , de Souley . je lui posai mon problème. Il était enchanté. Il me dit , depuis que je suis là, tu es le premier jeune à venir me voir pour que je l’apprenne le saxophone. Qu’est-ce que tu fais ? m’interrogea t-il. Je lui dis que je suis un jeune enseignant qui était à 50 km de Conakry. Etonné, il me demanda, mais comment on va faire. Je lui proposai de venir le voir chaque dimanche. Il me dit bon alors, parce que tu es vraiment décider à apprendre le saxophone je viendrai te joindre à Manéah au lieu que toi tu ne te déplace. C’est ainsi, chaque dimanche il prenait son taxi et venait m’apprendre le saxophone chez mon tuteur le vieux Kandas Condé. On mangeait et on passait la journée ensemble. En partant le soir il me donnait des exercices. Je m’exerçais du lundi au samedi après mes heures de cours avec les élèves de ma classe. C’est ainsi j’appris le saxo. Je devins en quelques temps l’animateur du village. Je faisais danser le village. C’était vraiment du plaisir pour moi de me faire écouter par les villageois. Imaginez, un enseignant qui faisait partager ses temps de distraction avec les villageois qui l’adoptaient. Ses élèves qui dansaient avec lui dans la poussière. C’était vraiment agréable.

Comment êtes vous venus à Conakry au kaloum Star ?

Vous savez, il n’était pas facile de venir à l’époque dans la ville. La politique du gouvernement était que les jeunes cadres s’habituent de l’intérieur. Donc, les conditions étaient créées pour qu’on y reste. Artiste que j’étais, je ne pouvais me résoudre à rester à Manéah sans intégrer une formation musicale. Une fois pendant les vacances à Conakry, j’appris que Conakry 1 cherchais à monter son orchestre. Je vins me présenter. Pourtant j’avais tout fait avant pour qu’on me laisse venir à Conakry . Rien n’ a pu. Avec ce rouage, les portes de la ville de Conakry m’étaient finalement ouvertes. C’était vraiment malin… Rires. C’est comme çà que j’ai intégré la formation de Conakry 1.

Aujourd’hui, vous faites la musique sans frontière. Dites-nous comment avez –vous eu l’idée de faire cette musique ?

J’avais compris une chose. Chaque fois quand je jouais dans des boites de nuit comme la Fourchette magique, MLS , La Paillotte… des expatriés m’abordaient en me disant qu’ils sont enchantés par mes prestations. Beaucoup me disaient qu’ils jouaient par le passé de la musique et qu’ils viendraient jouer avec moi. Effectivement, certains sont venus. D’autres me disaient qu’ils avaient même leurs instruments à la maison. Ils venaient jouer avec nous et cela leur faisaient plaisir. Je me suis dit que ces gens là sont des expatriés. Ils sont là pour autre chose, pas pour la musique. Certains travaillent dans les institutions, d’autres dans leurs entreprises ou dans des projets qui évoluent sur le terrain. Les réunir ne serait-ce qu’une fois par an serait quelque chose de formidable. Je réfléchis et je vins proposer mon idée à M. Daniel Couriol, directeur du centre franco-guinéen. Ce dernier trouva l’idée géniale. Et c’était un musicien, un pianiste qui n’avait pas joué du piano depuis plus de 30 ans. Il me demanda comment je vais me prendre avec cette idée. Je lui dis : On le fera ensemble. C’est comme ça on a organisé depuis 3 ans la Musique sans frontière. Nous comptons organiser la 4ème édition en 2016. Beaucoup d’artistes de chez nous seront invités. Je compte associer mes consœurs, Les amazones de Guinée à ce prochain événement. Si nous avons les possibilités, nous invétérons le maestro Manu Dibango, le saxophoniste de tous les temps. Nous allons inviter d’autres artistes de renom. Vous avez vu Boris, il vient depuis 3 ans participer à la Musique sans frontière. Cette fois, on n’a pas eu 48 heures de répétition il nous a tous émerveillés.

Vous vous apprêtez à participer au festival d’Angoulême. Parlez nous un peu de cette rencontre culturelle ?

Cela fait 10 ans que je participe personnellement à cette rencontre culturelle. A Angoulême, quand j’ai participer l’année dernière avec Africando, le festival ‘’Musique nuit de Bordeaux m’a contacté. Les organisateurs m’ont demandé si ça m’intéressait de participer à leur rencontre, je répondis par la positive. Nous avons signé un contrat de 3 ans et nous avons participé immédiatement à la 1ère édition. Cette année sera la 2ème édition .Il faut reconnaître que dans ce genre de festival, ce n’est pas musique pour musique. On représente le pays d’où nous venons. Il est question de passer dans les écoles, les universités, les maisons de résidence et de retraite pour faire les masters classe. En somme, on fait notre concert.