Mémoires d’un compagnon de l’indépendance guinéenne Par Mohamed Lamine Touré (Paris : L’Harmattan, 2009)

article mise à jour : 16 février 2015
Trente ans après la disparition du Président Ahmed Sékou Touré, l’histoire de la première République de la Guinée indépendante ne finit pas d’être l’objet de débats entre Guinéens. Les positions se cristallisent généralement entre deux extrêmes, les pro et les anti- régimes du Parti Démocratique de Guinée, le parti unique d’alors.

J’ai lu plusieurs témoignages des victimes du tristement célèbre Camp Boiro, les opinions qui y sont exprimées constituent toutes une condamnation sans appel du régime totalitaire et pervers qui a régi le pays un quart de siècle durant. Y a-t-il eu quelques actes positifs posés par la première République, ces témoignages n’en font pas cas ?
Voici que je découvre un témoignage pro-PDG. El hadj Mohamed Lamine Touré, dans ses « Mémoires d’un compagnon de l’indépendance guinéenne », ne tarit pas d’éloges à l’endroit d’Ahmed Sékou Touré et de son régime. Pour lui Sékou Touré a été le fidèle et illustre héritier de l’Almamy Samory Touré, Empereur du Wassoulou et grand Résistant africain. N’est-ce pas Sékou qui a bravé la France coloniale en amenant son pays à voter NON au référendum gaulliste du 28 septembre 1958, ce qui a propulsé la Guinée dans le concert des Etats souverains du monde ?
Ce choix a certainement coûté cher à la Guinée, l’ancienne métropole française et ses alliés ayant décidé de se venger de ce qu’ils prenaient pour un affront impardonnable. La lutte a été longue et rude, mais la Guinée et son leader n’ont pas abdiqué. Par contre la gestion tyrannique des affaires intérieures incarnée par Sékou Touré avait fait du pays un enfer qui a fait le lit de toutes les misères endurées depuis lors.
Le meilleur jugement qu’on puisse faire du régime de la première République revient à feu Ibrahima Baba Kaké, historien guinéen de renom, qui a titré un de ses ouvrages « Sékou Touré, le héros et le tyran ». C’est bien cela, Sékou a été un héros pour l’indépendance de la Guinée, mais il a été aussi un despote sanguinaire qui a laissé son pays au bord de la faillite à la fin de son régime.
Ce qu’il y a d’admirable dans l’autobiographie de Lamine Touré, c’est la valeur humaine et professionnelle de l’auteur, son humilité, son intégrité morale. Lui-même se présente comme « un technocrate qui a efficacement servi son pays dans les secteurs qui lui avaient été confiés ».Le grand patriotisme dont a fait preuve cet homme tout au long de sa vie a malheureusement été abâtardi par la mégalomanie de son dictateur de chef. N’empêche qu’il reste un inconditionnel du PDG, ce qui se justifie aisément par la fibre familiale et son statut de grand dignitaire du régime défunt.

Walaoulou BILIVOGUI