Musique : ‘’Le bon manager, c’est celui qui se crée un bon réseau’’ dixit Thierno Ousmane Bah

article mise à jour : 22 décembre 2012
Le 4ième salon de la musique guinéenne a pris fin hier vendredi au Centre Culturel Franco-guinéen. Un salon au cours duquel les opérateurs culturels guinéens et étrangers ont échangé pour partager leurs expériences. Le patron du ‘’Dabel Production Afrikakeur’’ Thierno Ousmane Bah a pris part à ce rendez-vous. Dans cet entretien, il revient sur la vie du monde de la culture et les enseignements qu’on peut tirer de ces journées de formation.

Guinée Culture : Quel enseignement tirez-vous de ces deux jours d’échanges ?

Thierno Ousmane Bah : C’est avec joie que j’ai participé à ce quatrième salon de la musique guinéenne. J’ai vu tout l’effort que les organisateurs ont eu à faire. C’est très riche, très instructif. Je déplore un peu que les artistes ne se soient pas déplacés, les professionnels de la culture de la musique n’étaient pas au rendez-vous donc je trouve ça, un peu dommage. Ils ont raté quelque chose de grand. C’est ce genre d’initiatives qui peuvent contribuer au développement de la culture en Guinée je dirai même en Afrique.

Guinée Culture : Dans la salle, vous avez dit que la Guinée est en avance par rapport à beaucoup de pays pour avoir créé un institut d’art. Dites-nous ce qui vous a de plus impressionné ?

Thierno Ousmane Bah : Oui, l’institut de Dubréka, est une Université spécialisée dans la culture ! c’est l’un des rares pays en Afrique où on peut trouver ce genre de structures. Je disais aussi que la Guinée est en avance par rapport aux spectacles vivants. Parce que comme vous le savez le CD est mort. Donc, c’est le spectacle vivant qui fait vivre les artistes. En Guinée ça marche. Il y a beaucoup de concerts les gens se déplacent pour ça. C’est pourquoi j’ai dit que la Guinée est en avance par rapport à plusieurs pays en Afrique. Il y a peut être des lacunes ou bien un retard dans certains domaines, par exemple dans la gestion de la production ou dans le développement de la carrière de l’artiste. Mais quand même il y a des points sur lesquels la Guinée est vraiment en avance sur les pays de la sous-région.

Guinée Culture : Pourtant dans la salle certains observateurs notamment les anciens ont critiqué le faible niveau de la nouvelle génération d’artistes.

Thierno Ousmane Bah : Ce n’est pas du tout mon point de vue. C’est normal qu’ils soient nostalgique du passé. Les velléités existent partout qu’il s’agisse en Europe, aux Etats-Unis ou en Afrique, c’est la même chose c’est d’ailleurs à la mode. Je trouve de très bons musiciens ici. Le problème c’est qu’il y a des milliers de musiciens et tout le monde ne peut pas être bons. Mais quand même il y a de bons musiciens. Donc, s’ils sont encadrés, ils peuvent amener la Guinée très loin.

Guinée-culture : Si on vous demande de faire une comparaison entre la musique guinéenne et celle sénégalaise. Comment vous allez procéder ?

Thierno Ousmane Bah : Actuellement je ne dirai pas le Sénégal, la Mauritanie, le Mali ou la Guinée. Il y a des tendances. Il y a des styles différents. Par exemple si vous allez au Sénégal il y a plusieurs styles : le ‘’ balakh’’ qui est la musique populaire des dakarois, une orchestration qui n’est pas trop technique mais qui plait aux gens et qui se vend très bien. Il y a la musique qu’on appelle ‘’ acoustique’’ qui est la musique des intellectuels et qui marche très fort. De grands concerts s’organisent. Il y a le hip hop et qui marche à sa manière. Si vous allez au Mali, il y a la musique mandingue locale qui marche très fort pourtant pas exportable. La musique traditionnelle comme le fait Oumou Sangaré, Salif Keita qui marche très fort sur l’international pourtant qui n’est pas très écoutée au Mali. Ici en Guinée, il y a le reggae local qui marche très fort. Les gens remplissent les salles. Par exemple au Sénégal, on n’a pas ça. Il y a aussi la mamaya qui plait aux gens et qui marche. Parfois les paroles sont vulgaires mais il y a un public pour ça. Il y a aussi la musique traditionnelle de la Guinée. La Guinée a de très bons artistes qui sont exportables. Je ne dirai pas que la musique est mieux qu’au Sénégal ou en Côte d’Ivoire. C’est des tendances avec des artistes valeureux. Des bons produits qui peuvent se vendre. Ce qu’il faut c’est de structurer les administrateurs de la musique. Les former pour qu’ils puissent développer les carrières de leurs artistes pour qu’ils puissent vendre les artistes en dehors des frontières.

Guinée Culture : Si vous étiez le conseillé des responsables de la culture qu’est ce que vous auriez suggéré pour que la culture guinéenne aille de l’avant ?

Thierno Ousmane Bah : je ne dirai pas les dirigeants par ce que comme le dirait l’autre, faut pas se demander ce que le pays peut faire pour nous, mais ce qu’on peut faire pour le pays. Nous au Sénégal, nous n’avons pas attendu l’Etat pour développer nos structures ou l’industrie de la culture du Sénégal. Chacun est conscient qu’il est professionnel et qu’il vit de la musique. Donc il fait de son mieux. Actuellement, on a des outils pour se perfectionner il y a l’internet, des formations comme vient de le faire Isto et Mass Production où des gens peuvent venir se former pour être meilleurs. Il y a pas de secret c’est comme le football. Le footballeur s’entraine intensément, regarde les vidéos de Messi ou Ronaldhino pour être le meilleur. Pour être un bon producteur ou manager il ne faut pas attendre les autres. Il faut se former soit même. Se faire un bon carnet d’adresse. Si on a la chance de se développer, allez voir des salons ou rencontrer des professionnels. Il y a pas de secrets, la musique c’est un réseaux. Si on a un bon réseau, on est un bon manager. C’est comme ça que sa se passe.

Merci.