UNIVERSITE KOFI ANNAN : L’unité nationale au centre d’une réflexion universitaire

article mise à jour : 6 octobre 2012
Ce vendredi 5 octobre 2012, l’université Kofi Annan en général et l’amphithéâtre "Malick Condé" en particulier ont abrité la cérémonie d’ouverture d’un colloque de deux jours autour du thème principal « L’unité et la solidarité en Guinée ». L’initiative est de l’Université Kofi Annan et du Pr. Lansiné Kaba, historien guinéen enseignant aux Etats-Unis.

Pour la circonstance, le conférencier était entouré de plusieurs intellectuels guinéens de renom dont de nombreux historiens. Une mobilisation qui a été rendue possible grâce notamment aux efforts de la maison d’édition "L’harmattan Guinée" qui a battu le rappel de son collectif des auteurs. En fait, il faut préciser que la piste de réflexion était essentiellement historique. Il s’agissait de se servir du cheminement historique du pays pour relever le paradoxe de la crise politique actuelle dans la mesure où par le passé, le pays a su toujours taire ses différences pour faire face aux grands défis qui se sont posés à lui.

Dans son exposé, le Pr. Kaba, soucieux de préserver la vérité historique des contingences contextuelles a tout d’abord tenu à préciser que ce sont tous les Guinéens, au-delà des particularismes ethniques ou régionaux qui s’étaient battus pour l’obtention de l’indépendance nationale. Pour étayer cette affirmation, il a rappelé l’esprit de cohésion dont les compagnons de l’indépendance que sont Sékou Touré, Barry Diawadou, Barry III, Bamba Sano, Framori Bérété, etc avaient fait preuve pour déjouer la manœuvres divisionnistes de l’ancienne métropole coloniale.

Sans en faire une justification de ce qui est advenu par la suite, le conférencier a également insisté sur les premiers pas plutôt rudes de la Guinée indépendante. Des difficultés qui venaient essentiellement de la France coloniale dont le premier chef était encore amer de l’échange verbal houleux avec Sékou Touré, le 25 août 1958. Pour le Pr. Lansiné Kaba, la France, au lieu de voir dans la nouvelle Guinée « une sœur utérine » l’aura surtout régardée comme « une aventurière » qui doit être punie pour son audace.

Débuts difficiles donc. Mais selon le conférencier, la suite n’aura pas été plus clémente. Loin s’en faut. A titre illustratif, il a cité les décennies difficiles de 70 et 80. Décennies au cours desquelles, on aura connu les concepts du « complot peul », de « Cheytane 75 ». Des concepts auxquels sont associés des actes non honorables et auxquels s’ajoutent les camps de détention de Boiro, de Kémé Bouréma et d’autres. Au titre de la deuxième république, le conférencier a mentionné le fameux « Wofatara » de 1985. Plus récemment, il a évoqué les horribles massacres du 28 septembre 2OO9 ou encore les événements de Zogota.

Pour le Pr. Lansiné Kaba, comme l’illustrent ces événements, l’histoire du pays n’aura pas connu que des périodes heureuses. Mais selon lui, cela n’est pas l’apanage de la Guinée. A propos, il déclare : « dans l’histoire des nations, il y a toujours eu de la violence ». Des erreurs, il y en a également, mais selon lui, « il faut admettre les erreurs qui ont été commises de part et d’autres ».

Se prononçant sur la situation politique actuelle, il a également indiqué : « il y a des frustrations dans le pays. Il y a des mécontentements dans le pays. Il y a de la violence dans le pays ». Mais à l’en croire, la solution réside certainement dans le fait que « l’amour du pays doit l’emporter sur toutes les autres considérations ».

Au cours des débats qui ont suivi, d’autres intervenants ont, eux aussi donné leur opinion sur l’épineuse question de la crise politique en Guinée. C’est ainsi qu’en président de séance, le ministre de la culture et du patrimoine histoirique, Ahmed Tidiane Cissé a souligné le devoir que nous avons de « tourner les pages de notre histoire, mais avant nous devons les lire, ensemble, entièrement et sans passion ».

Pour sa part, le Pr. Djibril Tamsir Niane, modérateur de la séance, a loué le courage du conférencier parce que, selon lui, « on est frileux quand il s’agit d’aborder le passé récent de la Guinée ». Or, pense-t-il : « il faut bien que la nouvelle génération sache ce qui a été le rôle de chaque acteur dans le processus de quête de l’indépendance de la Guinée ». De même, reconnaissant le bien-fondé d’une des recommandations formulées par le conférencier à l’endroit des autorités, le Pr. Djibril Tamsir Niane a conlu : « il faut que la liberté soit effective ».

Au compte de la dernière journée prévue pour ce samedi, les débats seront axés sur le thème « L’islam politique et l’extrémisme dans la sous-région ». Dans le contexte de la crise qui sévit au Mali voisin, on imagine que les échanges seront fort enrichissants.

Boubacar Sanso Barry