Office National du Tourisme : ‘’Nous profitons de l’instabilité politique dans la sous-région pour drainer plus de touristes en Guinée’’ a dit Elhadj Ibrahima SOW

article mise à jour : 20 février 2013
Depuis deux ans, le nombre de visiteurs a considérablement augmenté en Guinée note le Directeur Général de l’Office National du Tourisme. Elhadj Ibrahima Killé SOW indique que sa direction se bat pour rendre plus attrayant le secteur touristique guinéen. Cependant ce travail ne se fait pas sans difficultés sur le terrain. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le Directeur de l’ONT revient sur la potentialité touristique de la Guinée et les perspectives en cours.

Guinée culture : En quoi les prometteurs du tourisme disent que la Guinée est un scandale touristique ?

Elhadj Ibrahima Killé SOW : Effectivement la Guinée est un scandale géologique mais elle est aussi un scandale touristique. Généralement en Guinée on dit qu’on a tout ce qui existe dans la sous-région. Nous avons des plages magnifiques avec des îles verdoyantes, nous avons la montagne avec le Fouta Djallon d’où viennent presque tous les cours d’eau qui arrosent la sous-région, nous avons la savane boisée où la chasse sportive et une savane coupée de grands fleuves où on peut faire la pêche, la navigation et nous avons la forêt. En forêt, nous avons le mont le plus élevé de l’Afrique de l’Ouest, le mont Nimba. Le mont Nimba est un patrimoine consacré par l’UNESCO dans la mesure où il existe des crapauds vivipares qui sont uniques au monde. Il existe des chimpanzés de Bossou et le massif lui-même qui alimente tous les pays riverains.

Le tourisme, c’est directement de l’économie. Avez-vous suffisamment de touristes qui viennent visiter les sites que vous venez de citer ?

On a des visiteurs, mais c’est insuffisant. On veut plus. De 2010 à 2012, on est passé de 43 OOO visiteurs à près de 130 000, c’est un grand progrès. Et tout récemment on a reçu une caravane de 160 touristes avec Fouta treKing qui a traversé tout le pays.

C’est quoi Fouta Treking ?

Fouta Treking est une association installée au Fouta qui fait le tourisme. Mais ceux qui sont venus ont fait le tour de la Guinée. Ils sont rentrés par Koundara, pour Dalaba ; Mamou ; Dabola. Ils sont ressortis sur Kankan ; Kérouané et Beyla. A Beyla, ils devaient ressortir vers Odienné mais en raison des problèmes qu’il y avait en Côte d’Ivoire, et en raison surtout de l’accueil qu’ils ont trouvé dans le pays , parce que nos populations sont très accueillantes, ils ont refait la route pour faire la côte et ressortir vers le Sénégal. Avant eux il y a eu encore une caravane de 44 véhicules donc 88 touristes venus essentiellement de l’Union Européenne. Je disais que nous avons dans l’ordre de 130 000 touristes par an. Mais ce sont les statistiques de l’aéroport. On s’est aperçu que les frontières drainent aussi bien que l’aéroport. Donc actuellement on est entrain de nous réorganiser pour saisir réellement les statiques des rentrées frontalières.

Les statistiques sont évocatrices on le voit. La Guinée est-elle entrain de profiter de l’instabilité politique dans la sous-région pour capitaliser sa potentialité touristique ?

Oui, mais pour cela il faut des investissements, il faut s’ouvrir aux autres et investir. Dans la Capitale, on a quelques huit hôtels qui ont déjà commencé et le programme va être élargie vers les capitales régionales pour permettre à chacune des capitales régionales d’avoir une structure d’hébergement digne de ce nom. Ce qui permettra de capter les touristes qui viennent au Mali parce que c’est un grand pays touristique. Le pays Dogon est très visité. C’est ce qui fait que les entrées par les frontières de ces caravanes sont très importantes. On a des difficultés il faut le reconnaitre. D’abord il y a des facilités ça aussi il faut l’admettre. Les infrastructures aéroportuaires sont améliorées il faut le reconnaitre. Mais au niveau de l’accueil il y a beaucoup à faire. Il y a les problèmes de sécurité, il y a les problèmes de l’hygiène de milieu parce que la ville est très sale, on ne souhaitait même pas que ces touristes viennent visiter la Capitale parce qu’actuellement il y a du travail à faire à ce niveau. Il y a ce déficit récurent en eau et électricité qui est là, ce problème est entrain d’être résorber, mais il demeure encore.

On va insister sur l’accueil, c’est une pratique évidente, les agents qui prêtent service à l’aéroport font beaucoup de raquettes. Une pratique qui ternit l’image du pays. Cela vous gène n’est ce pas ?

Tout à fait. Je le disais, les choses se sont améliorées, mais il y a un travail à faire à ce niveau je le répète. Il faut que l’aéroport s’équipe en scanner pour pouvoir contrôler les bagages sans les ouvrir. Ça permet de diminuer les forces de sécurités ; l’efficacité du contrôle n’est pas égale au nombre de force des sécurités, c’est la manière de contrôler qui compte. Il faut que cette manière de contrôler diminue à l’arrivée des touristes. Quand on ouvre la valise de quelqu’un on farfouille là-dedans alors qu’il n y a rien ; quelques fois c’est des valises qui viennent des pays d’Europe ou d’Amérique où les contrôles sont systématiques ; le plus souvent on trouve qu’il n’y a rien de grave dans la valise. Donc il faut un scanner pour tous les contrôles. La première impression du touriste, c’est à l’aéroport. Et quand on parle du touriste, on parle non seulement de celui qui vient pour le loisir mais aussi de celui qui vient pour les affaires. Les deux ont besoin d’un accueil qui les réconforte dans le fait que leur séjour sera paisible et agréable.

Qu’est ce qu’il faut pour mettre un terme à cette pratique ?

Ce n’est pas seulement nous. Il y a le ministère du transport, le ministère de la sécurité et notre département, nous devons tous travailler ensemble. C’est ce qui donne les résultats de cette amélioration. Mais par rapport à ce qui se passe ailleurs, on a besoin que ce travail soit amélioré. Cela passe par l’investissement au niveau de l’aéroport. Nous, on a un bureau d’accueil on va essayer de le rééquiper et le rendre plus professionnel. Au niveau des forces de sécurité, il faut faire en sorte que le contrôle soit plus systématique et plus discret. Nous sommes dans ce chantier nous espérons parvenir à aplanir les difficultés qui se posent.

Quelles sont les nationalités qui visitent le plus la Guinée ?

Les ressortissants de l’Union Européenne, les américains, du côté de l’Asie il y a la Chine qui se réveille.

Un appel ?

Le tourisme est une richesse. Il faut que les autorités sachent qu’actuellement le tourisme est le secteur qui crée le plus d’emploi au monde. Après le pétrole, c’est le secteur qui ramène le plus de devises au pays. Pour ces deux raisons seulement, il faudrait faire en sorte que le tourisme se développe. On a les atouts. A côté, on a un potentiel économique suffisant en agriculture et en élevage qui fera que la consommation du tourisme soit intérieur d’abord. Après se sera des exportations nettes. Le tourisme en Guinée, si on le développe, il sera très rentable. Et tout le monde peut bénéficier. En fait le tourisme s’il est développé c’est le secteur qui peut lutter le plus efficacement contre la pauvreté.
Merci.