Sculpture

article mise à jour : 17 août 2015
« l’artiste, c’est celui qui a la capacité de créer et non de reproduire une œuvre » dixit Ibrahim Condetto Traoré de Nimba Design

Austil de son vrai nom Ibrahima Condetto Traoré est sculpteur de profession et fin connaisseur de la matière. Il initie des élèves de la maternelle du Lycée français Albert Camus aux arts plastiques. Après le cursus académique, il décide de faire carrière dans l’art. Cependant, les moyens techniques et financiers lui manquent, mais le rêve qu’il nourrit est grand. Ainsi, Ibrahim Condetto Traoré obtient un prêt d’une banque et ouvre son atelier ’’Nimba Design’’ sis à Nongo-Contéa en 2012. C’est le début d’une longue aventure pour l’artiste. Votre quotidien en ligne l’a rencontré pour en savoir plus sur son activité.

Guinée-culture.org : Comment es-tu arrivé à ce stade de ton travail ?

Ibrahim Condetto Traoré : D’abord le courage, le travail et la persévérance sont pour moi des facteurs à combiner avec le peu de moyens. Ça c’est le principe. Ensuite du début jusque maintenant, je ne dispose pas d’aide extérieure aucune. J’ai toujours cru que l’artiste avec ses propres doigts réalise souvent des merveilles. Au début, les gens ne croyaient pas en moi. Mon atelier était dans ma chambre. On me prenait même pour un désorienté. Même les parents disaient que ce n’est pas un travail. Mais je vous dis l’artiste se perfectionne en fonction du temps et de l’activité qu’il entreprend. Je me suis amélioré avec le temps. Chemin faisant, j’ai pris l’initiative d’associer des promotionnaires à ce que je fais car j’estime que c’est un devoir pour moi et qu’il faut se fondre dans la société. Et parmi eux, se trouvent des peintres, des designers et des sculpteurs. Ensemble nous avons passé les étapes et à présent nous réalisons des œuvres, des décorations lors d’événements culturels dans des universités. J’ai fait ma propre promotion et j’ai même initié des écoliers sur les arts plastiques dans la décoration de leurs classes notamment à l’occasion de journées culturelles dans des établissements scolaires.

Guinée-culture.org : Comment trouves-tu le matériel de travail ainsi que les ressources financières ?

Ibrahim Condetto Traoré : Je tire les ressources financières de mon petit salaire d’enseignant. Je me consacre à mon travail car pour moi, c’est l’essentiel. Pour ce qui est du matériel comme le ciment, le sable ou encore les barres de fer, nous n’avons pas les moyens pour tout ça, en tout cas pas pour le moment. Donc on passe dans les chantiers de construction pour obtenir des ingénieurs certaines matières qui ne font plus l’objet d’usage afin de les utiliser dans notre travail. C’est ainsi que nous procédons jusqu’ici.

Guinée-culture.org : A quelles difficultés majeures es-tu confronté ?

Ibrahim Condetto Traoré : D’abord, le local. Je ne dispose pas d’assez d’espace là où je travaille car certaines de nos œuvres nécessitent plus d’espace. Ensuite, l’atelier et les revenus ne couvrent pas la totalité des dépenses surtout en cette saison hivernale. Je souhaite avoir un atelier avec plus d’espace pour permettre un résultat encore plus grand de mon activité. Il y a aussi que parfois lors du transport de matériels, certains se cassent ou s’abîment. Dans pareilles situations il faut tout refaire. Et ce n’est pas facile encore moins évident dans certains cas.

Guinée-culture.org : A quoi aspires-tu ?

Ibrahim Condetto Traoré : Vous savez l’artiste est parfois égoïste car il veut évoluer seul. Mais dans mon cas, je tiens à faire chemin avec mes promotionnaires. Je tiens à partager avec eux même le produit des ventes d’œuvres. J’aspire à grandir mon entreprise et à être reconnu en tant qu’artiste sculpteur au service ma nation mais également de contribuer à la création de monuments ici même plutôt que d’aller chercher ailleurs des étrangers pour faire le boulot. Le travail à l’unisson voilà ce qui m’anime entre autres.

Guinée-culture.org : Quel article s’écoule le plus et quelle clientèle est la plus assidue ?

Ibrahim Condetto Traoré : Les œuvres du temps s’écoulent le plus. Les étudiants pour les journées culturelles dans les établissements scolaires et les ménagères pour les pots de fleurs. Il y en a qui passent des commandes comme des chevaux ou des lions par exemple. Par contre, ils abrègent le prix par méconnaissance du travail à abattre. Ils pensent que c’est du banalisé.

Guinée-culture.org : Es-tu membre d’une association artistique ?

Ibrahim Condetto Traoré : Pas pour le moment.

Guinée-culture.org : Quel est ton approche de la profession de sculpteur ?

Ibrahim Condetto Traoré : L’art contribue au développement d’un pays. Je considère que c’est pour nous un impératif de construire avec nos ingrédients de bord, la nation Guinée. Je considère aussi que même les produits industrialisés expriment d’abord l’art et que par ce fait c’est une profession à part entière. Les œuvres parlent.

Guinée-culture.org : Un mot à ajouter ?

Ibrahim Condetto Traoré : Qu’on arrête d’ignorer les jeunes et de croire qu’il faut de l’expérience pour exercer. Il faut mettre les jeunes à l’œuvre avant de les juger. Il importe de consulter les jeunes eux-mêmes pour connaître leurs difficultés et non pas de décider à leur place. L’artiste c’est celui qui a la capacité de créer et non de reproduire d’où l’ingéniosité des jeunes de cette profession. Il faut se rendre un peu dans la sous région au Mali, au Burkina, les décorations là-bas sont l’œuvre d’autochtones. Elles contribuent à embellir les villes. Aux mécènes, je sollicite des fonds pour améliorer ce que je fais.
Ausmin