Sory Kandia Kouyaté : Compilation La voix de la révolution

article mise à jour : 25 décembre 2013
Premier chanteur griot à avoir acquis une renommée internationale dès la fin des années 50, Sory Kandia Kouyaté a joué un rôle pionnier majeur dans la diffusion de la musique mandingue. La compilation La voix de la révolution, qui lui est consacrée, restitue cette dimension historique, à la fois artistique et politique, permettant du même coup à l’œuvre du Guinéen disparu en 1977 de ne pas sombrer dans l’oubli.

Salif Keita et Mory Kanté sont encore de petits garçons quand Sory Kandia Kouyaté fait déjà sensation hors d’Afrique et enregistre en France ses premières chansons sous son nom. En 1956, il est à Paris en tant que membre des Ballets africains, une troupe montée par son compatriote Fodeba Keita, qui voyage dans le monde entier. L’idée est de servir d’ambassadeur à la culture traditionnelle de ce continent, alors que le vent de la décolonisation commence à souffler. Ce sera le créneau de Sory tout au long de sa carrière, lui qui appartient à la lignée des griots historiques depuis le XIIIe siècle. “Si l’on a trouvé dans son répertoire de l’ancien et du moderne, il était évident que Sory Kandia, par ses traditions, sa foi en l’islam, les racines de sa culture était très attaché à l’Afrique ancienne, et à ses héros, bâtisseurs et guerriers”, estime Mamadou Kouyate dans son ouvrage Sory Kandia Kouyaté, Chantre immortel d’une Afrique éternelle, paru en 2012.

Constitués en grande partie de chants tirés de ce patrimoine commun, au besoin réarrangés selon qu’il sont joués par l’Ensemble national Djoliba ou la formation très “cuivrée” de Keletigui et ses tambourinis, les deux CD de La voix de la révolution soulignent d’abord les qualités du chanteur. Celles-là mêmes qui étaient déjà mises en avant sur son album de 1970, distingué par le Grand Prix du disque de l’académie Charles Cros et repris en intégralité sur la présente compilation : “Kandia (et c’est ce qui déconcerte, étonne et pousse à l’admirer) peut s’élever dans sa voix altière à la cime des montagnes de sa Guinée natale ; il peut aussi onduler sur les savanes, au rythme du Tinkisso, affluent du Niger, le fleuve qui nourrit, quand il n’emprunte pas le chemin des profondeurs mystérieuses des forêts sacrées”, métaphorisait avec un certain lyrisme le texte figurant au verso de la pochette du 33 tours.

Tout en faisant référence au nom donné à la radio nationale guinéenne après l’indépendance – nombre des chansons rassemblées ici y ont été enregistrées puisqu’il n’existait pas d’autre studio –, La voix de la révolution évoque en filigrane une autre dimension de l’artiste, plus sociétale. Liée au contexte politique de l’époque, elle s’explique aussi par la condition séculaire, inaliénable du griot au service d’un chef. Douze ans après avoir été chargé d’entonner l’hymne national de la Guinée lors de l’admission aux Nations unies, le chanteur dédiait les onze minutes de Sakhodougou à Sekou Touré, premier président du pays. Coïncidence de l’histoire, c’est aussi en rendant hommage à ce chef de l’Etat au bilan contrasté à travers un autre chant épique tout en longueur intitulé Mandjou que le Malien Salif Keita sortira de l’ombre. Un an après la mort de Sory Kandia Kouyaté…

Sory Kandia Kouyaté La voix de la révolution (Sterns/Harmonia Mundi) 2013

Par Bertrand Lavaine (In RFI Musique