Souleymane Sow, écrivain : ‘’Pour prétendre écrire un jour, il faut beaucoup lire"

article mise à jour : 17 décembre 2013
Membre actif de la communauté des Guinéens vivant aux Etats-Unis d’Amérique, Souleymane Sow est diplômé des sciences économiques de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Il a aussi effectué des études des Finances aux Etats-Unis et spécialiste en programmation de ‘’Computer sciences’’ à New York. Il est intéressé particulièrement par l’investissement bancaire qu’il pratique dans le pays de l’Oncle Sam. Mais, il a passion folle pour l’écriture. Un rêve qu’il na pu mettre en pratique qu’aux Etats Unis où il vit depuis plus d’une décennie. Dans les perspectives de la cérémonie de dédicace qui a lieu le mercredi 18 décembre 2013 au siège de l’Harmattan-Guinée, il s’est prêté aux questions de notre reporter. Entretien….
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Guinee-Culture.org : Par vocation, vous êtes économiste ou technicien, c’est selon, comment vous vous êtes retrouvés dans la littérature ?

Souleymane Sow : Comme toujours, par passion. La carrière d’écrivain se contracte uniquement par passion, et jamais dans la logique de la recherche du gain facile, sinon, mieux vaut faire une autre activité réputée plus facilement rentable. A juste raison, Camara Laye est mon idole de la vie. Et, comme par hasard, au collège, notre chargé de cours de Français s’appelait Camara Laye, qui était très dense professionnellement. Et niaisement, je le confondais au célèbre écrivain guinéen qui porte le même nom que lui. Je l’aimais beaucoup, et pour cela, il m’a beaucoup inspiré dans le reste de mes études et dans la prise de l’initiative visant à raconter un jour ma mémoire. Pour mettre cette décision en pratique, je me suis engagé à écrire un jour comme Camara Laye l’a fait en publiant le bestseller, ‘’L’Enfant Noir’’.

Qu’est donc devenu cet autre Camara Laye, votre enseignant ?

Je ne sais plus où il se trouve. Tout ce que je sais, c’est qu’il m’aimait beaucoup en classe et conséquemment tenait à ce que j’aille jusqu’au bout de mes études. Il lui arrivait souvent de venir à la maison où il passait des temps de causerie avec mon père.

Cela voudrait-il dire vous avez très tôt penser à faire un ouvrage...

Bien sûr que oui ! J’ai rêvé à écrire depuis quand je faisais le collège. Mais au même moment j’étais très doué dans les matières de sciences exactes, en maths-physiques-chimie notamment. De sorte qu’à leur profit, j’ai fini par négliger un peu les sciences sociales. Même si de temps en temps, il m’arrivait d’élaborer des textes que je ne me gênais pas de soumettre à l’appréciation de mes camarades. Evidemment, la littérature venait juste combler mes temps vides. Quand je n’avais rien à faire, je me donnais la peine d’écrire. Une sorte de passion pour la plume qui m’a suivi jusqu’aux Etats Unis où je vis depuis quelques années déjà l’aventure. Il faut dire que dans ce pays, il n’y a pas de loisirs ou presque pas, tout est sérieux. Après le travail, c’est le travail si vous n’êtes pas réduit à une vie de solitaire. Vous reprenez la même vie le lendemain.

Cette vie de routine m’a fait perdre la joie de vivre que j’avais en Guinée. Un vide qu’il fallait combler. J’ai donc pensé à mettre en pratique mon rêve d’écrivain. C’est ainsi que je me suis mis à revivre mon enfance, une vie pleine de souvenirs et d’événements, mais surtout de joie que j’étais en train de perdre. En me mettant à écrire ma propre vie, j’ai retrouvé l’amour parentale, les amis, les proches. En fait, j’ai voulu juste écrire la vie d’un immigrant quand j’ai retrouvé la joie. Dans l’écriture, je me suis ressourcé, je me suis remis à vivre comme si c’était de la réalité. En Guinée, indifféremment de leurs conditions de vie, les gens vivent toujours joyeux. Comme pour dire que l’argent ne fait pas toujours le bonheur. Pour preuve Mikael Jackson était très riche, il avait presque tout, mais il a toujours des problèmes et ne vivait pas heureux.

Parlons à présent de ’’La volonté d’un Père’’, votre première œuvre littéraire…

Mon père s’appelait Elhadj Madiou Sow, (paix à son âme) . Il était imam dans une mosquée de la ville de Kindia. Comme vous pouvez l’imaginer, son souhait était que tous ses enfants fassent des études coraniques. En particulier, il souhaitait que j’aille au Foutah pour lire et maitriser le Coran. Il a donc fallu l’intervention de certains amis à mon père pour qu’il consente de me laisser aller en classe. Dieu soit loué, les premiers résultats de mes cours étaient bons. Et, cela devait me valoir la poursuite des études jusqu’à ce niveau. C’est pourquoi des chapitres entiers sont consacrés à mon père que j’aime toujours.

De quoi vous parlez dans ce livre ?

De la vie d’un immigrant comme un autre. Il faut dire que la première chose que tous les émigrants partagent en commun, c’est la souffrance à l’arrivée. Ce livre parle de ma vie, de mon expérience personnelle en tant qu’immigrant. C’est donc un roman autobiographique qui ne comporte aucune invention romanesque.

Certains personnages du livre vous ont certainement marqué dans votre vie …

En racontant ma propre vie, je me rendu compte que je parle de mes proches, de Bambeto pendant la chaleur des grèves, de ma ville, Kindia, de la capitale Conakry et même de la Guinée Je parle des régimes de Lansana Conté, et de Sékou Touré. C’est cela un écrivain, il faut témoigner. Ce livre raconte ma vie et celle de mes contemporains.

Vous lancez pour la première fois votre premier ouvrage, ‘’La Volonté d’un Père’’ ?

Non ! Ce livre a été déjà lancé aux Etats-Unis où je vis. Il est même vendu en ligne au quotidien, il figure sur Candle qu’on appelle Smartphone. A présent, il est disponible à l’Harmattan-Guinée , sur le site de l’Harmattan, sur amazone.fr et autres.

En plus de la cérémonie de dédicace programmée pour ce mercredi 18 décembre au siège de l’Harmattan, comptez-vous donner, avant votre départ, des conférences dans les écoles guinéennes ?

Je suis disposé à me mettre à la disposition de mes compatriotes partout où besoin se fait sentir. Je m’engagerai sans calcul dans tout ce qui pourrait entrer dans la construction culturelle et socioéconomique de ce pays. C’est une occasion que je mettrai à profit pour expliquer aux jeunes que le bonheur n’est pas seulement qu’aux Etats Unis. Et qu’on peut être heureux partout où on est, l’essentiel étant d’entreprendre quelque chose d’utile pour le pays. Il y a la souffrance partout dans le monde, y compris aux Etats Unis. C’est ainsi que j’ai découvert un jour, quand je conduisais le taxi aux Etats Unis, une jolie jeune fille, très belle, auprès d’un feu rouge, en train ramasser de la nourriture dans la poubelle.

Comptez-vous tirer le maximum de profit dans ce livre ?

Pas du tout. Je préfère mon statut de banquier. Je me plais plus dans ce cadre. D’ailleurs je ne suis pas un homme de lettres. J’écris par passion uniquement. Alors que je suis capable d’enseigner des cours de finances et d’économie.

Ce qui ne voudrait pas dire que c’est votre dernier livre ?

Non plus. L’écrivain écrit toujours. Pour preuve, je suis en train d’écrire un autre livre que je compte publier très prochainement. Je voudrais tout de même dire aux jeunes de Guinée qu’il faut lire pour prétendre écrire un jour. Et que partout ils sont il faut travailler, car seul le travail paye.

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