TIERNO MONENEMBO : Sur "Les 72h du Livre"

article mise à jour : 5 mai 2012
L’écrivain guinéen Tierno MONENEMBO qui est actuellement en résidence d’écriture à Conakry, était l’un des invités d’honneur des "72h du Livre", tenues les 23, 24 et 25 avril derniers au Centre Culturel Franco-Guinéen. En attendant la sortie prochaine de son dernier roman "Le terroriste noir" (prévue sur Amazon, le 23 août 2012), dans lequel il raconte la trépidante aventure du résistant d’origine guinéenne, Addi Ba, l’homme de culture se rend utile à ses compatriotes, en participant à plusieurs débats dans les médias et en animant de nombreuses conférences dans divers établissements scolaires et universitaires qui le sollicitent. GCI l’a rencontré et il dit ici ce qu’il pense sincèrement des "72h du Livre. Interview... Le lauréat du prix ‘’Renaudot’’ 2008, l’écrivain Thierno Monenenbo, invité des ‘’72 heures du livre’’ : « "Les 72 heures du Livre" m’inspirent beaucoup d’espoir. Je pense qu’il est bon que par le relais d’une manifestation comme celle-ci, le goût de la lecture puisse finir par s’imposer, non seulement à la jeunesse guinéenne, mais aussi, à l’ensemble ou du moins, à la majorité de la population guinéenne... 14:39 27-4-2012

lauréat du prix ‘’Renaudot’’ 2008, l’écrivain Thierno Monenenbo, invité des ‘’72 heures du livre’’ :

« "Les 72 heures du Livre" m’inspirent beaucoup d’espoir. Je pense qu’il est bon que par le relais d’une manifestation comme celle-ci, le goût de la lecture puisse finir par s’imposer, non seulement à la jeunesse guinéenne, mais aussi, à l’ensemble ou du moins, à la majorité de la population guinéenne.

Il est bon que notre pays renoue avec la culture dans le bon sens du terme. Ici, on a passé le temps à danser et à chanter, pensant que la culture se limite à cela ; la culture, c’est aussi la création, la réflexion, c’est la peinture, la sculpture, la littérature, le cinéma… Autant d’éléments qui sont absents malheureusement de la vie guinéenne depuis longtemps.

Il faut cependant dire que la place du livre, elle est centrale, essentielle et indispensable, le livre est tout dans le monde moderne. Sans livre, il n’y a pas de culture. C’est par le livre qu’on se cultive. Et si j’ai l’habitude de dire que ce n’est pas l’homme blanc qui a battu l’Afrique, c’est le livre qui a battu l’Afrique. Ce sont les civilisations du livre qui ont dominé le monde, les civilisations orales sont limitées. Parce que l’oralité est très riche mais, fragile.

Amadou Hampâté Bâ, qui était un traditionnaliste a dit que ‘’ de la tradition africaine, il ne reste pas un pour cent’’. Chose qui est vraie. Parce qu’elle se transmet de bouche à oreille, alors que le livre lui, ne meurt jamais. Il peut durer cinq mille ans, c’est exactement la même trace qui reste. Et c’est là que l’Europe nous a battus. Parce que les erreurs des Grecs et des latins ont été reprises de puissance par les autres.

C’est cette transformation scientifique et technologique qui leur a permis de dominer le monde. Le livre, c’est la mémoire inaltérable. Alors, pour que le livre soit un outil accessible, il faut beaucoup de choses. Il faut déjà la volonté de lire de la part de la jeunesse, de la population elle-même, il doit aussi y avoir une politique culturelle. Une politique culturelle, c’est une politique intelligente, qui fait l’effort de créer des infrastructures culturelles, notamment, des bibliothèques.

Il faut des librairies, il faut des salles de cinéma, des salles de théâtre, etc. Il faut aussi que les hommes d’affaires acceptent d’investir dans la culture, malheureusement en Guinée, la plupart d’entre eux n’ont pas été à l’école, donc, il faut les amener à cela, et ils verront qu’ils gagneront tout aussi dans la culture que dans d’autres domaines.

Donc en somme, je souhaite que cette manifestation se généralise, qu’elle ne se passe pas seulement à Conakry, mais qu’elle fasse tâche d’huile un peu partout dans l’intérieur du pays, ne serait-ce que dans les grandes villes de l’intérieur du pays. Faire en sorte que tout le monde soit associé à la manifestation du livre.

Que les médias acceptent d’accompagner cet événement, et qu’il y ait des manifestations annexes ! Par exemple dans les lycées, les collèges et universités, que des écrivains soient invités dans ces établissements pour échanger et discuter avec eux ; après que ceux-ci aient pris d’avance connaissance de leurs livres.

C’est un autre projet, il est vrai qu’on ne peut pas avoir toutes les idées en même temps, donc la première idée c’était de créer. Et maintenant qu’elle est là, il faut faire en sorte qu’elle soit irréversible. ».

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