Théâtre : La comédienne Rouguiatou Camara à bâtons rompus sur sa nouvelle création théâtrale d’octobre ’’De la mémoire des errants’’

article mise à jour : 13 juillet 2015
Rouguiatou Camara est à la fois comédienne et metteur en scène. Elle travaille en ce moment sur sa nouvelle création théâtrale qui s’intitule ’’De la mémoire des errants’’ inspirée du texte du camerounais Sufo Sufo lors de l’univers des mots, une résidence d’écriture dramaturgique dirigée par Mamadou Bilia Bah. Votre quotidien l’a rencontré, Rouguiatou Camara a parlé de tout autour de sa création théâtrale d’octobre au CCFG. Entretien.

Guinée-culture : Comment avez-vous découvert ‘’’De la mémoire des errants’’ ?

Rouguiatou Camara : je l’ai découvert grâce à l’univers des mots, une résidence d’écriture à laquelle Bilia m’a sollicitée pour que je participe à la lecture des pièces proposées par les auteurs en résidence sous la direction artistique de la française Véronique Vellard. A l’issue de ces lectures, j’ai eu un coup de cœur pour le texte de Sufo Sufo. Et puis, le directeur du centre culturel franco-guinéen Daniel Couriol m’a confié la création de cette pièce ’’De la mémoire des errants’’ qui est un texte d’une extrême liberté avec des ouvertures incroyables sur le vécu des gens d’ici et d’ailleurs.

Guinée-culture : Que représente ce texte pour vous ?

Rouguiatou Camara : C’est comme un tour du monde. Le monde vu comme une perpétuelle renaissance faite de transmission, de dépassement et remplacement voire de recyclage des choses et des idées anciennes et actuelles. La vie se déroule au gré des rencontres humaines quelques fois inopportunes voire improbables.

Guinée-culture : En quoi consiste la pièce ?

Rouguiatou Camara : C’est telle une aventure, le tour du monde qu’entreprenne de faire deux personnages qui partent pour chercher quelque chose. Le titre même de la pièce (De la mémoire des errants) à mes yeux, colle à la réalité de nos jours. A observer la vie de tous les jours, j’ai comme la triste impression que nous ne savons pas où nous allons. Je ramène ainsi l’histoire à mon pays où, depuis l’indépendance jusqu’à nos jours, chaque fois qu’on pense avoir entamé un départ, on se retrouve comme par miracle au point de départ. De Sékou Touré à Alpha Condé, il n’ ya eu pas de continuité dans le travail en Guinée. Chaque dirigeant qui arrive fait fi de ce qui a été fait, il nie les actes posés et ignore le passé comme une espèce de table rase du passé. Il prend ses idées comme la foi. Il faut qu’’on sorte de ce cycle infernale et cette manière de procéder. Je crois les générations futures ont besoin pour éviter ce perpétuellement recommencement, qu’on leur laisse quelque chose qui permette d’entamer une réelle avancée. Il s’agit de conscientiser les gens.

Guinée-culture : ’’De la mémoire des errants’’ est une première au CCFG. Vous l’a voyez comment ?

Rouguiatou Camara : Il s’agit d’une première mondiale. Ma mise en scène de cette pièce se veut symboliste, sobre. Sur scène, deux ou trois hommes (le troisième personnage est un esprit qu’on ne voit pas dans la pièce). La scénographie est faite d’un labyrinthe faisant office de soucoupe terrestre comme moyen de déplacement aux personnages errants. Le mouvement scénique est essentiel avec des acteurs, chanteurs et danseurs permettant à l’artiste interprète d’effectuer une exploration maximale des possibilités du corps. Une musique électrique live de ce spectacle que j’ai voulu universel et intemporel, soutient tel un cordon ombilical les séquences de l’histoire et maintient de l’unité de la création.

Guinée-culture : quand commencent les répétitions ?

Rouguiatou Camara : les créations sont prévues pour la mi-septembre.

Guinée-culture : Y a-t-il un plus à découvrir autour de la pièce ?

Rouguiatou Camara : Si mon plan fonctionne, il y aura une formation pendant la création. J’aime bien ce côté panafricaniste. Bon nombre de pays africains ont participé à la première création que j’ai organisée ici même. Cette fois-ci, j’ai envie de faire venir un régisseur très connu de la sous région, le burkinabé Jacob Bamogo. Je souhaite qu’il partage son expérience en son et lumière avec les guinéens. Je me battrai becs et ongles pour que la matière donne. Le théâtre, c’est ma vie. Je serai très enchantée de voir le public en nombre à cette création première du genre en Guinée.

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