Théâtre : quatrième festival international d’Algérie : La Guinée revient avec deux trophées !

article mise à jour : 13 novembre 2012
Récemment la Guinée a pris part au quatrième festival international qui s’est tenu en Algérie. Au terme de la compétition, la délégation guinéenne composée de huit comédiens est rentrée avec deux titres. L’un pour le meilleur texte. L’autre, pour la meilleure prestation. L’un des acteurs de ce succès DIALLO Mohamed Lamine allias ‘’ Mamadou Thug’’ a bien voulu nous accorder une interview. Il revient sur la prestation guinéenne et évoque les difficultés dans les quelles, les comédiens guinéens évoluent sur le terrain.

Guinée Culture : Récemment vous étiez en tournée en Algérie, c’était dans quel cadre ?

Mamadou Thug  : Nous étions aller prendre part à la quatrième édition du festival international d’Algérie. Un festival auquel plusieurs pays étaient représentés. La France, l’Espagne, l’Arabie Saoudite, la Suède, le Koweït, l’Egypte, la Libye, le Maroc, l’Algérie, la Guinée, la Côte d’Ivoire, entre autres. Le 03 octobre nous avons joué au Bejaia, par la suite nous sommes revenus à Alger jouer à l’ISMAS Institut des Arts d’Alger. Nous avons eu deux prix : le prix du meilleur texte et le prix de la meilleure prestation. Nous sommes partis au nom de la troupe nationale de Guinée. C’est le Ministre de la Culture et du Patrimoine Historique Ahmed Tidiani CISSE qui a écrit le texte avec une mise en scène d’Ibrahima Sory TOUNKARA. Le thème était le théâtre et la révolution. Notre texte allait dans ce sens. Nous étions dévoués. Nous avons amené notre style en Algérie. Au point qu’on a laissé notre trace dans ce pays. Notre narrateur a joué dans une projection et çà a ébloui les gens. C’est pourquoi, nous avons laissé notre empreinte en Algérie. Ça vous pouvez le croire. Moi, j’ai joué le rôle d’un blanc inculte qui n’est pas allé à l’école. J’ai crée. J’ai fait un signe que les algériens ont aimé. Je faisais un signe de mains pendant une heure trente minutes sans arrêt. Aujourd’hui on m’appelle en Algérie par ce geste.

Guinée Culture : On peut dire que le séjour d’Algérie s’est bien passé ?

Mamadou Thug  : Bien passé. Mais il faut souligner que les algériens sont en avance sur nous en matière d’organisation. Quand tu vois les salles du théâtre, quand tu vois la façon dont on reçoit les délégations, la sécurité, le cortège, aucune ne fausse note. Le public aussi vient nombreux pour suivre la prestation des différentes nations en compétition. Cela m’a beaucoup marqué. Nous avons eu beaucoup d’échanges avec les autres. Les spectacles des autres pays comme la France ont laissé des traces dans mon esprit. Le spectacle des trois jumeaux, la compagnie de Lyon qui a présenté Antigone, la face de maitre Patlan. Les italiens et les marocains aussi. Ils sont bons en scénographie, la mise en scène tout y était.

Guinée Culture : Revenons en Guinée. Ici on a l’impression que la culture est le parent pauvre de tous les secteurs de la vie. Qu’est ce qui ne va pas ?

Mamadou Thug  : La culture en général et le théâtre en particulier est marginalisée. Regarde quand le syli national est qualifié pour la CAN, même les ministres se sont levés pour ramasser des contributions. Ils sont revenus au premier tour. Et nous, nous avons une lettre d’invitation officielle du Ministre de la Culture d’Algérie, nous invitant à la quatrième édition du festival international du théâtre qui correspondait à l’an 50 de leur indépendance. Nous savons dans quelles conditions nous avons préparé ce déplacement. Je dirai aux opérateurs culturels, économiques et autorités aujourd’hui si on marginalise la culture, c’est la Guinée qui est marginalisée. Pendant la première République c’est la culture qui payait les fonctionnaires guinéens. Si on marginalise cette culture, la Guinée n’ira nulle part. Notre dossier est allé à la primature, on l’a rejeté. C’est le ministre de la culture qui s’est battu pour que nous puissions aller. Il nous a habillés, nourri. Mais l’Etat Guinéen n’a pas un esprit culturel. Côté opérateurs culturels, il faut qu’ils acceptent d’accompagner les artistes sans distinction. Côté Etat, il faut qu’il ait un penchant pour les artistes en ayant un projet de loi sur la culture. Je ne suis pas contre Michel Dissuyer mais il ne peut pas toucher entre 10 et 15000 euros alors qu’un metteur en scène n’a pas 100 euros par mise en scène ! Qu’on nous aide ou pas on fera notre métier parce ce que nous l’aimons et nous avons des potentialités que nous mettons en valeur. Mais de grâce si le drapeau guinéen flotte, que les uns et les autres comprennent qu’il s’agit de la Guinée ! Si l’Etat ne nous écoute pas, les cinq cents milles comédiens vivants à Conakry se feront entendre même à travers la rue. Nous faisons rentrer des milliards pour l’Etat mais en retour nous n’avons rien. Il faut que ça change ! Même la presse nous marginalise ! Prenons Moussa Coffoen, Kaba koudou c’est des gens qui peuvent remplir le palais au même titre que certains artistes.

Guinée Culture : Tu étais élu meilleur comédien de 2012…

Mamadou Thug  : Oui, je suis content. Mais il faut que la stratégie d’organisation change. Les gens se nourrissent autour des comédiens. Ils organisent des évènements pour les comédiens pour ne rien leur donner. Ce pas normal. Tu ne peux pas dire que tel gagne tel trophée et que la personne n’ait aucun sous. Nous savons qu’un trophée équivaut à quelque chose. Par exemple les comédiens faisaient partie des nominés du Djembé d’Or de l’année dernière puisque nous avons dénoncé la façon dont les choses ont été faites, cette année on ne faisait pas partie de l’évènement. Un concert de Youssou n’dour s’est déroulé ici, j’étais invité mais je ne suis pas seul comédien. Le public se reconnait dans nos œuvres. La Première Dame regarde les films de Kabakoudou, de Moussa Coffoen et moi-même ! Il faut que les organisateurs jouent à l’équilibre dans le choix des hommes de culture.

Guinée Culture : Comment tu concilie tes études de médecine et ton métier de comédien ?

Mamadou Thug : Avec beaucoup de problèmes. Aujourd’hui la personnalité culturelle que j’incarne m’empêche de faire les cours de médecine. Quand je viens à Gamal, tous les visages se braquent sur moi. Je déconcentre les étudiants et cet état de fait me déconcentre à mon tour. J’ai préféré ne pas suivre les cours cette année. Je vais voir si je pourrais obtenir la chance pour aller étudier à l’étranger.

Guinée Culture : Un message ?

Mamadou Thug : A la presse, aux autorités, au peuple de Guinée, de comprendre que sans la culture, pas de développement. C’est la culture qui a développé les Etats-Unis, c’est la culture qui amène le Burkina, le Sénégal en avant. Sans comédiens, pas de réconciliation. Mamadou Thug, ça c’est moi ça !