Toute l’histoire de la capitale guinéenne : Conakry

article mise à jour : 13 mai 2013
Selon une légende, à l’origine il y avait dans l’île Tombo, non loin l’actuel port, un fromager géant sous lequel un paysan Baga du nom de Cona, qui avait construit sa case. Sa palmeraie produisait le meilleur vin de l’île, les gens de Kaporo venaient boire sous le fromager de Cona. Ils disaient alors, « je vais chez Cona, sur l’autre rive (nakiri) », ainsi par contraction ce lieu devin Conakry.

Les côtes de la Guinée furent découvertes par le navigateur Pedro de Sintra vers 1460, le Vénitien Ca Da Mosto écrivit (NB Les navigations du portugais Pedro de Sintra, écrites par Messire Alvise Ca’Da Mosto) en 1463 la relation de ce voyage :

Conakry en 1463

"Chapitre II : D’un lieu appelé cap des Sagres, de la foi, des coutumes et de la manière de voguer de ses habitants.

Après avoir doublé le cap Verga, environ 80 milles plus loin, apparaît un autre cap. c’était, selon leurs dires, le plus haut qu’ils eussent jamais vu, au milieu duquel s’élevait sur la terre ferme un sommet aigu à la manière d’une pointe de diamant. Ce cap est partout couvert d’arbres verts et très hauts. Ils l’appelèrent cap des Sagres [...] de Guinée (du nom du cap du même nom, au sud du Portugal où se trouvait la retraite de l’Infant Vient du latin "Promotorium Sacrum" ). Les habitants adorent de statues de bois à forme humaine et leur offrent une partie de leur nourriture à l’heure des repas. Aussi les marins en ont-ils conclu que ces gens sont idolâtres.

Ils sont noirs, mais plutôt basanés avec des marques faites eu feu sur le visage et le corps. Ces noirs sont toujours nus ou ne se vêtent que d’écorces d’arbre en guise de hauts de chausse pour couvrir les parties secrètes. Ils n’ont pas d’armes car ils n’ont pas de fer. Ils se nourrissent de riz, de millet et de légumages divers comme les fèves et les haricots, d’une qualité différente des nôtres, beaucoup plus gros et plus beaux. Ils ont de la viande de vache et de chèvre, mais en petite quantité. Les marins rapportèrent en outre qu’en face du cap, on trouve deux îles (Kassa et Tamara), distantes l’une de 6 miles, l’autre de 8 miles de la côte ; elles sont inhabitées, parce que petites, mais couvertes d’arbres. Les riverains du fleuve usent d’almadies (grandes pirogues) [qui] peuvent porter de trente à quarante hommes chacune. Ils voguent debout avec plusieurs rames, sans fourches ou appui. Ces gens ont la coutume d’avoir les oreilles percées de trous, auxquels pendent différents anneaux d’or, attachés les uns aux autres. Ils ont également le nez percé par en dessous et au milieu, auquel ils suspendent un anneau d’or, comme nous le faisons chez nous avec les buffles. Quand ils veulent manger, ils retirent ces anneaux. Les hommes en portent aussi bien que les femmes. Il paraît que les femmes des seigneurs ou personnes de quelque importance ont les lèvres de leur nature percées de trous de même que leurs oreilles, pour signaler leur dignité ou condition supérieure ; anneaux qu’elles mettent et enlèvent selon leur bon plaisir."

Le site de Conakry dépendait du royaume de Dubréka. La région était d’abord habitée par des Baga, mais ceux-ci accueillirent des Soussou, venus du Nord du Mandingue, après la destruction de leur capitale, sur le Niger, en 1236 par Soundjata Keïta. A partir du XVIè siècle plusieurs royaumes Soussou se développent, le Royaume de Rio Pongo et celui de Dubréka, le plus important.

Le royaume de Dubréka a été fondé vers 1600 par un émigrant Soussou, chasseur d’éléphants, nommé Soumba Toumamy, qui délivra les Baga des pillards, en remerciements ils le proclamèrent roi. Ses descendants régnèrent jusqu’à la conquête coloniale, en 1890. Le dernier roi, Balé Demba, accorda en 1885 une concession aux français, dans l’île de Tombo.

Mais l’histoire de la ville de Conakry débute le 8 mai 1887 avec la prise de possession, par les français, de la totalité de l’île de Tombo (aussi écrit Tumbu), et l’intention d’y fonder la capitale de la colonie des Rivières du sud. Les premières constructions ne datent pas que de 1889. En 1885 il y avait environ 300 habitants répartis en deux villages, Conakry et Boubinet et dans deux petits groupes de cases, Krou Town et Tombo. Conakry comptait environ 30 cases.

L’île était entièrement recouverte par une forêt de palmiers et de fromagers.

A cette époque, et depuis 1865 environ, la plupart des bateaux navigant en Afrique occidentale prirent l’habitude d’aborder les îles de Los (possession anglaise jusque 1904) et la plus grande ville était Dukréba.

En 1985 les services du Génie Militaire, sous l’impulsion du Gouverneur, le Dr Ballay (Né à Fontanay sur Eure. Formation de médecin mais carrière coloniale : explorateur au Gabon et au Congo en 1882, expert à la Conférence de Berlin en 1884 et 1885, gouverneur du Gabon de 1886 à 1888, Gouverneur de l’AOF par intérim de 1896 à 1899, Gouverneur de Guinée à partir 1890 à 1900 (on lui doit notamment le lotissement de Kaloum et l’hôpital Ignace Deen, qui porta son nom jusqu’à l’indépendance). Il mourût au Sénégal en 1902, victime d’une fièvre typhoïde qu’il était venu éradiquer.), établissent le premier plan d’implantation de Conakry.

C’est au cours de la période 1889 - 1895 que furent conçues les principales rues. Ces rues sont tracées de manière à ce que les avenues soient ventilées sur tout pendant les heures étouffantes de l’après midi tandis que les boulevards ne sont ventilés que pendant la nuit et sont plantées d’arbres pou faire de l’ombrage.

En 1904 la ville atteignait déjà 8 à 10 000 habitants, les "Conakrykas", dont plusieurs centaines d’Européens. C’est également en 1904 que les îles de Los furent rétrocédées par les anglais et rattachées à Conakry (Voir "Autour de Conakry", les îles de Los).

A la veille de la guerre de 1914 -1918, la ville était déjà en plein épanouissement et l’entre deux guerres n’apporta que des améliorations de détail.

Ce n’est qu’après 1945 que les travaux d’aménagement reprirent, liés à l’exploitation minière (fer de Kaloum, bauxite de Los).

En 1955 la ville comptait entre 35 000 et 50 000 habitants.
En 1997, l’agglomération s’étend jusqu’au Km 36 et compte de 1 200 000 habitants à 1 750 000 habitants selon les sources.

Les projections les plus sérieuses donnent une population de 1 920 000 habitants en 2000 et 2 160 000 en 2005.

Les Européens, "Foté" (blancs, en Soussou), sont relativement nombreux et représentent beaucoup de nationalités : Français, Libanais, Américains...Les Asiatiques sont de plus en plus nombreux : Chinois, Coréens, etc.

Les quartiers de Conakry

Depuis 1991 la ville de Conakry est dirigée par un Gouverneur, et divisée en cinq communes, ayant à leur tête un maire élu : Kaloum, Dixinn, Ratoma, Matoto et Matam. Chaque commune est divisée en quartiers et les quartiers en secteurs :

Kaloum

Almamya, Boulbinet, Coronthie, Fotoba, Kassa, Kouléwondy, Manquepas, Sandervalia, Sans-fil, Témitaye, Tombo.

Dixinn

Belle-vue école, Belle-vue-marché, Camayenne, Cameroun, Dixinn-cité1, Dixinn-cité 2, Dixinn-gare, Dixinn-gare-rails, Dixinn-mosquée, Dixinn-port, Hafia 1, Hafia 2, Hafia-minière, Hafia-mosquée, Kénien, Landréah, Minière-cité.

Matam

Boussoura, Bonfi, Bonfi-marché, Carrière, Coléah-centre, Coléah-cité, Domino, Hermakönon, Imprimerie, Lanséboudji, Madina-centre, Madina-cité, Madina-école, Madina-marché, Madina-mosquée, Mafanco, Mafonco-centre, Matam, Matam-lido, Touguiwondy.

Ratoma

Cobaya, Dar-es-salam, Hamdalaye 1, Hamdalaye 2, Hamdalaye-mosquée, Kaporo-centre, Kaporo-rails, Kipé, Koloma 1, Koloma 2, Lambadji, Nongo, Ratoma-centre, Ratoma-dispensaire, Simbaya-gare, Sonfonia-gare, Taouyah, Wanindara, Yattayah.

Matoto

Béanzin, Camp Alpha Yaya Diallo, Citée de l’air, Dabompa, Dabondy 1, Dabondy 2, Dabondy 3, Dabondyécole, Dabondy-rails, Dar-es-salam, Gbéssia-centre, Gbéssia-cité 1, Gbessia-cité 2, Gbessia-cité 3, Gbéssia-école, Gbéssia-port 1, Gbéssia-port 2, Kissosso, Matoto-centre, Matoto-marché, Sangoya-mosquée, Simbaya 1, Simbaya 2, Tanéné-marché, Tanéné-mosquée, Tombolia, Yimbaya-école, Yimbaya-permanence, Yimbaya-tannerie.

Le Palais des Nations (Présidence de la République)

Quartier Boulbinet, familièrement appelé "le camember", à cause de sa forme. Construit à partir de 1978, pour une réunion de l’O.U.A. (Organisation de l’unité Africaine) en même temps que 50 luxueuses villas de style mauresque qui l’entourent, et qui sont occupées par des dignitaires du régime, des organisations internationales et des assistants techniques (coût de la construction : 62 millions de US$). La réunion de l’O.U.A. fût annulée suite à la mort du Président Sékou Touré.

Lors des affrontements de 2 et 3 février 1996, le palais fût la principale cible des militaires mutins. Très largement endommagé par les bombardements à l’arme lourde, incendié puis pillé, il se présente actuellement sous la forme d’une ruine calcinée.

L’architecture coloniale

Les restes de bâtiments coloniaux sont relativement peu nombreux et souvent mal entretenus. On notera cependant :

- Le bâtiment de la direction nationale des douanes, en face de l’entrée du port de Conakry. Restauré au début des années 90, victime d’un incendie en 1996 qui a occasionné la destruction d’une aile ;

- l’ambassade de Roumanie, en face du port aux conteneurs. Construit en 1895 il porte le nom de Résidence de la belle brise et fût longtemps le siège de Secrétariat au Affaires Indigènes, à l’époque coloniale. Il est remarquable par son pigeon en œil de bœuf ;

- la maison du Jardin Camayenne avec sa galerie pourtournante et son escalier en colimaçon en fer forgé est représentative de cette architecture.

- les bâtiments de l’évêché, près du marché Niger et l’hôpital Ignace Deen (Corniche Sud), récemment rénové, constituent des ensembles bien conservés,
- les bâtiments ferroviaires de la gare centrale de Conakry.

Luc Mogenet (In GCI)