Décès de l’artiste Frédéric Bruly Bouabré

article mise à jour : 29 janvier 2014
Ecrivain, penseur et dessinateur ivoirien, l’artiste Frédéric Bruly Bouabré est mort dans son pays ce mardi 28 janvier à l’âge de 91 ans. Inventeur de l’alphabet bété, il est l’auteur d’une écriture spécifique pour sauver de l’oubli la culture du peuple Bété. Considéré comme l’un des artistes les plus importants de la scène internationale, il a créé une œuvre singulière et prolifique, aujourd’hui exposée dans tous les grands musées du monde.

Frédéric Bruly Bouabré était un artiste protéiforme. Il avait inventé un alphabet unique à partir de sa langue - la langue des Bété –, à savoir un inventaire des sons traduit en 440 pictogrammes. Une tentative d’écriture spécifiquement africaine. Cette invention lui avait valu la réputation de « nouveau Champollion ».

C’est le scientifique Théodore Monod, passionné par sa découverte, qui le fera connaître au monde. Frédéric Bruly Bouabré racontait avoir eu une sorte de révélation qu’il datait du 11 mars 1948. Depuis, expliquait-il, je suis « celui qui n’oublie pas ».

Et de fait, l’homme écoute, lit puis archive, à la façon d’un entomologiste, le monde contemporain. Toutes les traces du monde réel et de son monde intérieur, spirituel, sont consignées dans des centaines de petits dessins, réalisés sur des cartons format carte postale qu’il qualifie de « bricolés ».

Il utilise invariablement stylo bille et crayons de couleur pour ses dessins figuratifs au premier regard mais enrichis de symboles abstraits et ésotériques.

Difficile de qualifier le travail et l’œuvre de Frédéric Bruly Bouabré : un penseur, un prophète, un philosophe, un conteur… un peu tout cela à la fois. Un artiste qui cherchait, à sa façon, à expliquer le monde. Il se définissait lui-même, non pas comme un chercheur mais comme un « rechercheur ».

Les dessins de Frédéric Bruly Bouabré circulent aujourd’hui dans les musées du monde entier.

Joint par RFI, Yaya Savanné, ancien conservateur du musée national d’Abidjan, l’a bien connu et se souvient de lui. Il évoque le philosophe et son œuvre magistrale : le livre des Lois divines.